31 mai 2019 -- Visitation de Marie

So 3, 14-18; Rom 12, 9-16; Luc 1, 39-56

 

H O M É L I E

 

          Dans les deux premiers chapitres de son Évangile Luc nous introduit à tous les grands thèmes de son Évangile.  Il manifeste sa connaissance profonde de l'Ancien Testament, y puisant un très grand nombre d'images qui lui servent dans ses récits hautement symboliques. 

 

          La Visite de Marie à sa cousine Élizabeth est décrite avec toute l'imagerie du transport de l'Arche d'Alliance décrite au chapitre 6 du 2ème Livre de Samuel. Marie est présentée comme la nouvelle Arche d'Alliance, où réside le Seigneur des Seigneurs;  et tout comme la première Arche avait été transportée à travers les montagnes de Juda jusqu`à la maison de Obed-Edom de Gath, où elle avait été une source de bénédictions, de même, Marie traverse à la course les montagnes de Juda, portant en elle le Fils de Dieu et apporte joies et grâces à la maison d'Elizabeth, sa cousine. Et tout comme David, à cette occasion, avait dansé devant l’Arche, de même Jean-Baptiste se remue de joie dans le sein de sa mère Élizabeth devant Marie, la nouvelle Arche.

 

          Dans la suite du récit, Luc nous dira que lorsque les temps furent accomplis, Marie mit au monde un fils, le Premier-Né -- non pas « son premier-né » comme le disent la plupart des traductions, mais « Le » Premier-Né – le Premier-Né par excellence, c'est-à-dire le Premier-Né du Père éternel, le premier né d'entre les morts, le premier-né d'une multitude de frères.  C'est ce qui permet à saint Paul, dans sa seconde Lettre aux Corinthiens – que nous avions comme deuxième lecture -- de dire que le Christ a été ressuscité d'entre les morts comme "prémices" de tous ceux qui se sont endormis, de sorte que de même que la mort est venu par un homme, la résurrection devait aussi venir par un homme.

 

          Premier-né d'une multitude de frères, le Christ est le premier d'une multitude de ressuscités.  Et quelle est la première personne humaine à être ainsi entrée dans la gloire, sinon sa propre mère, celle qui l'avait porté chez Élizabeth pour y faire tressaillir de joie son propre précurseur, et, se jouant du temps et de la chronologie, avait explosé dans un admirable chant de louange ?

 

          Ce chant de louange que Luc met dans la bouche de Marie, résume tous les chants de louange de l'Ancienne Alliance et tous ceux que nous sommes appelés à chanter nous aussi, ainsi que tous les chants de louange qui seront proclamés par des voix humaines jusqu'à ce que toute la multitude des ressuscités aient suivi leur premier-né dans la voie de la résurrection.

 

          Avec Marie chantons les louanges de Celui qui, pleine de tendresse, comme un père ou une mère, se penche sur son petit enfant. Faisons-nous petits et chantons les louanges de celui qui honore les petits et les humbles et rejette les orgueilleux.  Faisons-nous pauvres, de cœur et en vérité, et cultivons notre soif de Lui, et chantons les louanges de celui qui comble de bien les pauvres et les affamés et renvoie les riches les mains vides.  Et si conscients puissions-nous être de nos péchés, mettons toute notre espérance en celui qui a promis l'abondance de ses miséricordes non seulement à notre père Abraham, mais aussi à toute sa postérité, dont nous sommes, par la foi.