25 décembre 2018 – Messe du jour
Is 52, 7-10 ; He 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Abbaye de Scourmont

H O M É L I E

          La grande mystique française d’origine juive, Simone Weil, écrivait : "Aimons le pays d’ici-bas.  Il est réel :  il offre de la résistance à l’amour".

          Je repense à cette phrase chaque fois que je relis le Prologue de l’Évangile de Jean : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu ».  Dieu a vraiment aimé ce « pays d’ici-bas ».  Oui, celui-ci a offert de la résistance à son amour ; mais Dieu ne l’en a que plus aimé.

          Nous avons une belle expression de tout cela dans les Évangiles des trois messes d’aujourd’hui qui nous offrent une pièce en plusieurs actes.  Dans un premier acte – qui était l’Évangile de la messe de la nuit -- nous avons vu un jeune couple obligé de prendre la route à un moment tout à fait mal indiqué, pour répondre à une ordonnance gouvernementale, et devant s’arrêter le long de la route pour permettre à la jeune femme de donner naissance à son premier enfant, sans aucune assistance de médecin ou de sage-femme.

          Le second acte était situé dans les champs, où des bergers reçurent une visite inusitée durant leur garde de la nuit.  Le troisième acte était, dans l’Évangile de la messe de l’aurore, la réunion, autour de la mangeoire, de tous les acteurs du premier et du second acte.

          Cette « pièce » a eu un grand succès.  Elle est à l’affiche depuis plus de deux mille ans.  Seulement, les acteurs changent.  Jésus est né encore cette nuit, comme toutes les nuits, dans les centres de réfugiés à travers le monde, comme dans les foyers d’hébergement de Rome, de Paris ou de Bruxelles.  On retrouve Marie et Joseph aujourd’hui parmi les familles obligées de passer la nuit dans des voitures ou des tentes, dans nos rues et sous nos ponts, ou dans les débris des villes bombardées comme en Syrie ou à Gaza.  Ils passent la nuit près des bouches de chauffage des édifices voisins sur les trottoirs de nos villes, tout en essayant d’échapper à la poursuite de la police à la recherche de résidents illégaux.  Marie se retrouve dans la jeune mère célibataire attendant le chèque d’assistance sociale qu’elle ne recevra pas puisqu’elle est sans adresse.

          Mais chaque fois et partout retentit le message des Anges :  chaque fois qu’un peu de vie nouvelle apparaît, c’est le signe qu’un Sauveur nous est né et que le salut est présent.  Le salut est présent parce que, cette fois-ci, c’est Dieu lui-même qui est né.

          En effet, ce que nous célébrons aujourd’hui, ce n’est pas un « anniversaire de naissance » ; ce n’est pas le 2018ème anniversaire de naissance de Jésus.  Ce que nous célébrons c’est le fait même que Dieu soit né comme l’un d’entre nous.  Nous célébrons le fait que Dieu est né aujourd’hui – dans notre aujourd’hui, comme dans l’aujourd’hui de Dieu. Dans l’Évangile de la messe de la nuit, nous avons entendu les anges dire aux pasteurs : « Aujourd’hui vous est né dans la cité de David un sauveur ». Ce petit enfant né à Bethlehem est le même fils dont parle la Lettre aux Hébreux dans la seconde lecture de la messe du jour – le fils à qui le Père éternel dit : « Tu es mon Fils, aujourd’hui, je t’ai engendré ». Et la chose vraiment extraordinaire est que, depuis le moment de cette humble naissance à Bethlehem, notre « aujourd’hui humain » coïncide avec l’éternel aujourd’hui de Dieu. C’est aujourd’hui, ce matin, en ce moment présent où je vous parle, ici, à Scourmont, que Dieu naît – qu’il n’ait en moi, en vous, en chacun de nous.

          Noël n’est donc pas simplement la célébration d’un événement passé. C’est la célébration de la présence actuelle de la gloire incarnée de Dieu au milieu de nous. Noël c’est la fête de la naissance de Dieu, de l’humanité de Dieu et de l’histoire de Dieu.

1) C’est tout d’abord la Fête de la naissance de Dieu :  le fait que Dieu est né d’une femme, qu’il s’est fait l’un d’entre nous, et que toute l’humanité en a été transformée.
 
2) C’est la Fête de l’humanité de Dieu, et donc aussi fête de notre humanité appelée à être en chaque personne une manifestation de la gloire et de la beauté de Dieu ;

3) et, finalement, c’est la Fête de l’histoire de Dieu, qui a choisi de vivre Lui-même dans le temps et l’espace par Lui créés et donner ainsi un sens à notre histoire.

          En ce jour de Noël, faisons donc comme les bergers de Bethléhem :  laissons la gloire de Dieu nous envelopper et nous pénétrer pour que toutes nos nuits soient transformées en lumière d’espérance sous les chauds rayons du Soleil de Justice.

Armand Veilleux

 

 

 

 

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