8 septembre 2019, 23ème dimanche « C »

Sg 9, 13-18 ;  Phm 9-17 ; Lc 14, 25-33

 

H O M É L I E

 

          Au moment où nous entrons dans la dernière phase de l’année liturgique, le cycle des lectures bibliques du dimanche nous rappelle avec de plus en plus d’insistance certains aspects fondamentaux de la vie chrétienne, et tout spécialement le besoin d’appartenir radicalement au Christ. 

 

          Le texte de l’Évangile de Luc que nous venons de lire se trouve au coeur d’une longue section (9,51-19,27) dont le thème principal est celui de la montée de Jésus vers Jérusalem, où il sera mis à mort.  À ce stade, de grandes foules le suivent dans cette montée.  Elles l’acclameront le jour des Rameaux au moment de son entrée à Jérusalem, mais nous savons aussi avec quelle rapidité elles le lâcheront et demanderont sa mort. 

 

          C’est à ces foules – et non pas à quelques disciples choisis – que Jésus trace les exigences qui s’imposent à quiconque veut le suivre.  Ces exigences peuvent se résumer à deux : la première est celle que saint Benoît résume dans sa Règle par les mots : « Ne rien préférer au Christ. » (RB 4,24) « Si quelqu’un vient à moi, dit Jésus, sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et soeurs et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. »  La deuxième exigence est la disposition à accepter toutes les souffrances, y compris la non-compréhension et la persécution qu’une telle option radicale peut provoquer.  C’est de cette « croix » que parle Jésus, et non pas de petites mortifications qu’on pourrait s’imposer.  « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi, dit-il, ne peut pas être mon disciple. » 

 

          Luc rapporte ensuite deux logia de Jésus qu’il est le seul évangéliste à avoir conservés.  Il s’agit de deux enseignements de prudence humaine :  avant de se mettre à construire quelque chose, on doit s’asseoir pour examiner si l’on a tout ce qu’il faut pour mener le projet à bonne fin ; et avant de partir en guerre contre quelqu’un, on doit vérifier si l’on a les forces nécessaires afin de ne pas se faire écraser par l’adversaire.

 

          Après ces deux remarques de bon sens, Jésus enchaîne : « De même... – et ce ‘de même‘ est très important – celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut pas être mon disciple. »  Cela montre que, dans la pensée de Jésus, la seule attitude « prudente » si l’on veut être son disciple, consiste à se détacher de tout ce qui n’est pas Lui.  C’est la seule attitude « prudente », car autrement l’on ne peut être heureux, étant divisé entre deux maîtres.  Là où est ton trésor là est ton coeur.  Et là où est ton cœur là est ton bonheur.  Si notre coeur est divisé entre Jésus et quelque chose d’autre, nous ne pouvons être heureux car nous ne vivons que divisions internes et insatisfaction. 

 

          Dans la seconde lecture nous avons un bel exemple de quelqu’un qui a su tout abandonner pour suivre le Christ, l’apôtre Paul.  Lorsque Paul a fait son option radicale pour Jésus, cela a signifié pour lui une coupure radicale avec tout son passé et ses relations antérieures.  Cela a signifié même la prison – et c’est d’ailleurs de prison qu’il écrit à Philémon.  Et il exhorte Philémon à agir lui aussi à contre-courant, par fidélité au Christ, en recevant son esclave Onésime non plus comme esclave, mais comme un frère bien-aimé.  Les exigences concrètes de la suite du Christ sont souvent imprévisibles.

 

Armand Veilleux

 

 

 

 

 

 

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