1 septembre 2019 - 22ème dimanche ordinaire C

Sir 3, 17…29 ; Héb 12, 18…24a ; Luc 14 ; 1.7-14

 

 

H o m é l i e

 

Tout le chapitre 14 de Luc est constitué de ce qu’on pourrait appeler des « propos de table » de Jésus.  Ces « propos de tables », même si Luc est le seul des évangélistes à les rapporter, étaient un genre littéraire populaire couramment utilisé à l’époque. 

 

Jésus est invité à un banquet ; et, comme tous les autres invités, il prend la parole lorsque vient son tour, et offre quelques réflexions et quelque enseignement.  Dans le texte que nous venons d’entendre, il traite de deux questions concernant le banquet : le choix des places et le choix des invités.  L’enseignement sur le choix des places est adressé à tous les invités présents ; et celui sur le choix des invités est adressé à son hôte.  Lorsque nous lisons ce texte, nous devons nous considérer à la fois comme l’hôte et comme ses invités. Les deux enseignements s’adressent donc tous les deux à nous : le premier est un appel à l’humilité, le second est un appel à un accueil de l’autre généreux et détaché.

 

L’humilité était déjà le thème de la première lecture, tirée du Livre du Siracide (l’Ecclésiastique) : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur… Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser… La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui ».

 

En quoi consiste l’humilité ? Elle ne consiste certainement pas à passer son temps à s’excuser et à dire sans cesse qu’on a eu tort et qu’on s’est trompé. Tout cela peut être un signe d’humilité, mais ce n’est certainement pas en cela que consiste l’humilité.  Jésus ne s’est jamais excusé et n’a évidemment jamais admis qu’il s’était trompé ; et pourtant il nous dit : « apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur ». 

 

En quoi consiste cette humilité de Jésus ? Elle consiste dans le fait qu’il s’est abaissé, qu’il est devenu l’un de nous, qu’il s’est mis au service de tous.  C’est là la vraie humilité.  Elle ne consiste pas dans des gestes théâtraux et symboliques.  Elle consiste dans le simple fait de se mettre au service des autres dans les choses les plus ordinaires de la vie de tous les jours.  Et l’opposé de l’humilité est justement de vouloir se faire servir par les autres.  Prendre la dernière place c’est se mettre au service des autres ; prendre la première place c’est vouloir être servi.

 

La seconde leçon de Jésus, celle donnée à son hôte, est également importante.  Les personnes que nous voulons inviter à notre table, que nous voulons aider, servir, ne doivent pas être seulement les personnes intéressantes et agréables, avec qui il fait bon être, ou encore celles qui pourront nous aider dans les moments difficiles, nous faciliter l’accès à un poste de travail ou à un bon contrat, nous éviter de payer une contravention ou nous obtenir rapidement un rendez-vous chez le spécialiste.  Non ! Il nous faut aider et servir d’abord les plus nécessiteux, les pauvres, les personnes blessées – de toutes sortes de blessures --, les aveugles, etc.  Ce sont ces personnes qui nous accueilleront dans le Royaume des cieux.

 

Saint Benoît, qui a écrit au sixième siècle une Règle de vie pour les moines – une Règle qui demeure jusqu’à aujourd’hui le fondement de toute vie monastique en Occident, a très bien compris cet Évangile.  Dès le début de sa Règle, dans sa section sur les valeurs spirituelles, avant même d’entrer dans la description détaillée de la vie de la communauté, il nous offre un très long chapitre sur les douze degrés d’humilité.  La seule grandeur est celle qui est gratuitement donnée par Dieu à la personne au cœur humble et pur, et non pas celle qu’une personne peut atteindre par ses propres efforts et son ambition personnelle.  Plus loin, dans le chapitre sur l’hospitalité, Benoît recommande de recevoir le pauvre et le nécessiteux, aussi bien que le riche et le puissant, comme le Christ lui-même, sans acception de personnes.

 

Demandons à Dieu cette sagesse, qui peut paraître folie aux yeux des hommes, mais qui est la sagesse même de Dieu.

 

 

Armand Veilleux

 

 

 

 

 

 

www.scourmont.be