21 juillet 2019 -- 16ème dimanche "C"

Gn 18, 1-10; Col 1, 24-28; Lc 10, 38-42

Monastère de Rixensart, Belgique

 

 

H O M É L I E

 

               La première lecture de la Messe d'aujourd'hui nous donne un bel exemple d'hospitalité orientale.  C'est un genre d'hospitalité que nous trouvons encore dans les pays pauvres, mais qui se fait plus rare dans les pays riches.  Lorsqu'on accumule la richesse, se développe évidemment le désir de la protéger, et l'on devient moins enclin à la partager, sauf de façon sélective et facilement ostentatoire.

 

               Dans l'Évangile, nous ne voyons jamais Jésus organiser de grands festins auxquels il inviterait les foules ou même simplement ses amis.  Au contraire, il apparaît comme l'étranger qui a besoin de l'hospitalité des autres.  Même pour la dernière Cène, son dernier repas avec ses disciples, il se fait recevoir dans la maison d'un étranger.  Il est reçu à table dans leurs maisons par des publicains.  Il accepte l'invitation des Pharisiens.  Partout où il va, il apporte un message, il offre une parole.

 

               Jésus aime tout particulièrement l'hospitalité de ses amis très chers: Marthe, Marie et Lazare.  Je dois confesser que j'ai une très grande sympathie pour Marthe, et je pense que les commentateurs et les prédicateurs des siècles passés ne lui ont pas fait justice.  Il est vraiment trop facile -- même si c'est populaire -- de voir dans ce récit évangélique l'affirmation de la supériorité d'une forme de vie chrétienne sur les autres.

 

               En réalité, c'est bien Marthe qui est la figure la plus marquante de ce récit évangélique.  Jésus est son hôte; c’est elle qui le reçoit dans sa maison à elle.  Marie se trouve là, mais elle aussi est une invitée de Marthe.  Jésus n'est pas un hôte ordinaire.  Même pour ses amis les plus chers, il demeure un « étranger »; mais quand il vient quelque part, il apporte la Parole de Dieu à ceux qui le reçoivent, et c'est cette Parole qui compte plus que tout.

 

               Nous voyons cela également dans la première lecture.  Les Visiteurs d'Abraham lui portent une parole; et cette parole prendra chair dans le sein de Sara.  La réponse de Jésus à Marthe exprime la même réalité:  c'est que c'est sa parole et l'écoute de cette parole qui comptent plus que tout.  Or, la grande familiarité avec laquelle Marthe parle à Jésus indique bien qu'il y avait entre eux une relation profonde qui ne peut exister qu'entre deux personnes qui s'écoutent mutuellement.

 

               Dans le service de l'hospitalité, il y a divers éléments essentiels:  il faut recevoir l'hôte, converser avec lui, lui préparer un repas et lui offrir divers services.  Il n'y a pas de véritable hospitalité sans tous ces éléments.  Il ne suffit pas de s'asseoir aux pieds de quelqu'un pour l'écouter, pas plus qu'il ne suffit de lui servir le repas.  Marthe et Marie se partagent l'ensemble de ces éléments de l'hospitalité.  Et donc, lorsque Jésus dit à Marthe, qui est en train de le servir, que Marie a choisi la bonne part (tèn agathèn merída, que l'on traduit trop facilement par "la meilleure part" pour des raisons grammaticales non convaincantes), il ne parle pas d'une supériorité objective.  Il dit simplement que Marie a choisi la partie la plus agréable du service de l'hospitalité, et que cela ne lui sera pas enlevé.  Quant à Marthe, qui fait tout le service onéreux, comme Jésus le fera lui-même à la dernière Cène, il l'invite à le faire sans préoccupations et sans nervosité.  Tout ce que font les deux, Marthe et Marie, constitue le service intégral de l'hospitalité.  Les deux se complètent. Aucune n'est supérieure à l'autre.

 

               Une leçon additionnelle de ce récit est que Dieu ne veut pas seulement nous appeler à sa table, mais qu'il veut aussi être invité à la nôtre.  Il veut être notre hôte, comme Jésus fut l'hôte de Marthe qui le reçut dans sa maison.  Il se présente à nous dans la personne l'étranger, du pauvre, des rejetés, des réfugiés et des sans abris.  Si nous écoutons sa Parole, Lui et son Père feront en nous leur demeure.

 

Armand Veilleux

 

 

 

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