10 février 2019 – 5ème dimanche "C"

Is 6, 1-8; 1 Co 15, 1-11; Lc 5, 1-11

Monastère de Kokoubou, Bénin, Afrique

H O M É L I E

              Toute la Bible, l'Ancien comme le Nouveau Testament, est l'histoire de témoins vivants qui témoignent de ce qu'ils ont vu et entendu, mais aussi de leur propre expérience spirituelle.  Cette vocation de témoin fut celle de tout le peuple d'Israël, appelé à témoigner à la face des Nations de ce que Yahwé est le seul Dieu.  Au sein du peuple d'Israël, ce fut la vocation de Moïse, de David et spécialement des grands prophètes appelés à témoigner de leur expérience du Dieu vivant, dans leur propre vie et dans celle du peuple.

              Confronté avec une telle mission, chacun réagit d'une façon différente, selon son caractère.  Isaïe, comme nous venons de l'entendre dans la première lecture, se porte volontaire, au moins après que ses lèvres eurent été purifiées par le charbon ardent:  "Envoie-moi", dit-il.  Jérémie émet des objections:  "Je ne suis qu'un enfant..." Moïse a besoin de signes qui prouveront au peuple que c'est vraiment Yahwé qui l'a envoyé, et il essaye d'éviter cette mission.  En définitive, ils obéissent tous et acceptent leur mission;  même Jonas, bien qu'il fasse un long détour dans le ventre de la baleine...

              Jésus fut le témoin fidèle, qui témoigna à l'humanité de ce qu'il avait vu et entendu auprès du Père, et qui témoigna de l'amour que le Père a pour Lui et pour nous.  Et lorsqu'il donna aux Douze leur mission, il les établit simplement comme témoins de ce qu'ils avaient vu et entendu.

              Dans l'Évangile d'aujourd'hui, Jésus parle à la foule, et comme celle-ci le presse, il monte dans une barque, et s'adresse à eux depuis une certaine distance.  C'est après cela qu'il appelle Pierre à être son témoin.  Le jour de la Pentecôte, Pierre, parlant à la foule, dira:  "Ce Jésus... nous en sommes les témoins."  Et lorsque Paul décrit sa propre mission, il dit: "J'ai reçu du Seigneur le ministère de témoigner de la Bonne Nouvelle."

              Tous les ministères qui se développèrent dans l'Église au long des siècles, en réponse à des besoins variés et changeants, sont, d'une façon ou d'une autre, des ministères de la Parole.  Au début il n'y avait que les Douze, qui agissaient comme témoins de la Résurrection, et animateurs de l'amour fraternel parmi les fidèles du Christ.  Puis, lorsque des tensions se manifestèrent entre les Hellénistes et les Hébreux, les Apôtres instituèrent les diacres pour le services des tables,  mais ceux-ci se mirent aussitôt à annoncer la Parole.  Après la première persécution et la dispersion des Chrétiens, Philippe alla prêcher la Parole en Samarie puis à Antioche.  Les Apôtres envoyèrent Pierre et Jean en Samarie et Barnabé à Antioche, d'où il ramena Paul, l'apôtre par excellence, le témoin de la Parole qui avait été envoyé non pour baptiser mais pour prêcher.  Puis se développèrent les ministères des prêtres et des évêques, qui sont en premier lieu des ministères de la Parole.

              Au cours des premières générations chrétiennes, un autre ministère de la Parole d'un nouveau genre se développa : la vie monastique.  Des hommes et des femmes se retirèrent dans la solitude pour se mettre à l'écoute de la Parole de Dieu; puis des disciples vinrent les trouver par centaines et par milliers en disant:  "Abba, donne-moi une parole".  Par la suite de nouvelles formes de vie religieuse apparurent, comme celles de François d'Assise et de Dominique, libérant la Parole.

              Aujourd'hui, la Parole a toujours besoin de témoins, qui puissent rendre compte de leur espérance et qui sachent proclamer par leurs mots et par leurs vies, ou simplement par leurs vies, le message central de l'Évangile – l'éternel message d'amour, d'espérance et de joie.  La Parole a besoin d'hommes et de femmes qui sachent témoigner de leur rencontre personnelle de Dieu, qui sachent crier avec joie et même avec exubérance:  "J'ai vu le Dieu vivant, et je vis"

Armand VEILLEUX

 

 

 

 

 

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