16 décembre 2018 – 3ème dimanche de l'Avent "C"

So 3, 14-18; Ph 4, 4-7; Lc 3, 10-18

 

 

H O M É L I E

 

 

           Les deux premières lectures que nous avons entendues, celle du prophète Sophonie et celle de saint Paul aux Philippiens, nous invitent à la joie. C’est pourquoi ce troisième dimanche de l’Avent est appelé « dimanche de la joie » (« dimanche Gaudete » disait-on à l’époque du grégorien).

 

           Cet appel à la joie peut nous sembler incongru dans le monde actuel où il y a tant de guerres, tant de massacres absurdes de populations innocentes, tant de drames vécus par des milliers et même des millions de personnes déracinées de leur pays et obligées de chercher ailleurs un pays d’asile.

 

           Or il se fait que le prophète Sophonie, qui nous appelle à la joie dans la première lecture, écrivait lui-même en temps de guerre. Son appel à la joie repose non pas sur la victoire sur l’ennemi, mais sur le fait que le Seigneur fera lui-même rebrousser chemin à l’ennemi.  La joie ne sera pas dans l’écrasement de l’ennemi, mais dans le renoncement à la guerre.

 

        Quant à Jean-Baptiste, il est difficile, à première vue, de voir dans sa vie et son message un appel à la joie. Mais tout dépend de notre façon de concevoir la joie. Lorsque nous pensons joie, nous pensons à des festivités et à des banquets, à de bons mets et de bons breuvages.  Or, Jean ne buvait que de l'eau et son régime se limitait à un menu de sauterelles et de miel sauvage !

 

        Lorsque nous pensons joie, nous pensons à des vêtements élégants, alors que la garde-robe de Jean était composée d'un vêtement de poil de chameau et d'une ceinture de cuir !

 

        Lorsque nous pensons joie, nous pensons à un comédien ou un amuseur sachant faire rire et aidant ses auditeurs à se sentir bien dans leur peau. Pour Jean, la racine de la joie se trouve dans la conscience de faire la volonté de Dieu.

 

           Dans le texte d’Évangile lu dimanche dernier, nous entendions Jean-Baptiste dire aux foules : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.  Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées. »  Les foules semblent avoir compris son message car elles lui demandent – comme nous venons de l’entendre, -- «  Que devons-nous faire ? »

 

           En réalité il y a trois groupes distincts de personnes qui posent la même question à Jean-Baptiste.  L’Évangéliste Luc veut sans doute montrer par là le caractère universaliste de l’appel à la conversion.  Il y a tout d’abord les Juifs de race et de religion, qui constituent évidemment la majeure partie de cette foule.  Puis, il y a les publicains qui sont des Juifs de race, mais qui sont marginalisés par leur compromission avec le pouvoir étranger qui occupe la Palestine.  Enfin il y a des soldats qui ne peuvent être que des soldats romains (recevant leurs ordres directement du gouverneur Pilate), et qui ne sont donc pas des Juifs, mais qui sont quand même venus écouter le message de Jean et sans doute se faire baptiser par lui.

 

           À toutes ces personnes, Jean-Baptiste répond de façon concrète à la question toute pratique qu’ils posent et qui est : « Que devons-nous faire ? ».  Il ne s’agit donc pas de savoir quoi penser ou quoi croire.  Il s’agit de savoir quoi « faire ».  Tout le message de Jésus ira dans le même sens.  La question ultime, ici-bas comme au jour du jugement, sera toujours « Comment as-tu agi ? »  et plus précisément « Comment as-tu agi à l’égard de ton prochain ? ». 

 

           Dans les trois réponses de Jean aux divers groupes, il ne mentionne aucune pratique religieuse, mais il souligne plutôt les exigences de la justice et tout particulièrement du partage, à commencer par le partage des choses les plus essentielles à la vie : le vêtement et la nourriture.  Cette attitude de partage exige évidemment tout d’abord qu’on ne pratique pas le vol, comme Jean le rappelle aux publicains, et qu’on ne fasse violence à personne, comme il le rappelle aux soldats.

 

           Ce message de l’Évangile nous rappelle donc que la vraie joie ne vient pas du fait de posséder une grande quantité de biens, mais vient de la communion qui s’incarne dans le partage et dans le respect de la justice, qui est le respect de chaque personne perçue comme enfant de Dieu.  Ainsi, dès le début de l’Évangile est affirmé le principe – qui sera répété par la suite de multiples façons : qu’une communion avec Dieu est impossible sans la communion avec notre prochain. 

 

           Quant à cette communion avec notre prochain elle ne peut se ramener à de vagues sentiments de sympathie ou de gentillesse, mais elle implique le respect total de la justice et même le partage des biens matériels lorsque ce partage est nécessaire pour faire disparaître les déséquilibres.

 

 

Armand VEILLEUX