Le 30 mai 2019 – Solennité de l'Ascension
Ac 1, 1-11;  He 9,24...10,23; Lc 24, 46-53

 

H O M É L I E

          Nous en sommes au quarantième jour de notre célébration de la Pâque du Seigneur, qui s’achèvera, dans dix jours, avec la solennité de la Pentecôte. Ce que nous célébrons aujourd’hui, en la fête de l’Ascension, n’est qu’une facette du même mystère pascal.  Ce n’est d’ailleurs qu’à partir du 5ème siècle que les Chrétiens commencèrent à célébrer liturgiquement l’Ascension comme fête distincte de la Résurrection. Ces deux fêtes sont en effet simplement deux facettes du même mystère.

L’Ascension de Jésus au ciel n’est pas le passage d’un espace vers un autre espace, comme le font nos sondes spatiales. C’est le passage du temps à l’éternité, du visible à l’invisible, de l’immanence à la transcendance, de l’opacité de notre monde à la lumière divine.

Le ciel n’est pas un lieu mais un état dans lequel nous serons transformés si nous vivons dans l’amour et la grâce de Dieu. Lorsque nous affirmons chaque dimanche, dans le Credo, que le Christ « est monté au ciel », nous ne parlons pas d’un voyage spatial de Jésus, mais nous voulons dire que, dans son humanité, il a pénétré dans l’éternité.  Dans le ciel de notre foi, qui n’est pas celui des astronautes, il n’y a ni espace, ni temps, ni direction vers en haut ou vers en bas.  Le ciel de la foi, c’est Dieu lui-même, qui habite une lumière inaccessible.

          L’Évangéliste Luc est le seul à nous avoir donné une description de l’Ascension.  Les trois autres Évangélistes ne séparent pas le moment de la résurrection de celui de l’entrée définitive de Jésus dans la gloire du Père.  Bien plus, Luc nous donne deux récits de l’Ascension, l’un à la fin de son Évangile et l’autre au début du Livre des Actes des Apôtres, et les deux ne sont pas totalement concordants.  Il serait futile et erroné d’essayer de reconstituer une description historique des faits en conjuguant les détails provenant des deux récits ; car le but de Luc n’est pas de décrire un événement mais de donner un enseignement spirituel et théologique.  Arrêtons-nous pour le moment au texte évangélique que nous venons de lire.

          Lorsque les deux disciples d’Emmaüs sont revenus à Jérusalem en grande hâte, ils y ont trouvé les Onze et tous leurs compagnons et compagnes qui étaient montés de Galilée avec Jésus.  Jésus se trouva soudain au milieu d’eux et il leur adressa alors les paroles qui forment le début de l’Évangile que nous venons d’entendre.  Il leur rappela les prophéties sur la mort et la résurrection du Messie et il les appela à en être témoins, puis il leur recommanda de demeurer dans la ville, c’est-à-dire dans Jérusalem.  Ensuite, après un laps de temps non déterminé, il les « emmena jusque vers Béthanie ».  Le texte grec original est beaucoup plus fort que la traduction un peu insipide « il les emmena jusque vers Jérusalem ».  Le texte grec dit que Jésus les sortit [de Jérusalem], i.e. les arracha à la « ville », pour les emmener à Béthanie.  Là il les bénit, et tandis qu’il les bénissait « il se sépara d’eux » et fut emporté au ciel.   

          L’idée centrale de ce récit de Luc n’est pas la glorification de Jésus, mais la séparation d’avec ses disciples.  Un bref espace de temps a été ouvert à l’espérance pour que les disciples, privés de la présence physique de Jésus, approfondissent le sens de sa mort et de sa résurrection ainsi que  de son nouveau mode de présence parmi eux. Ce bref espace de temps est désormais terminé. Après s’être prosternés, ils s’en retournèrent « pleins de joie » à Jérusalem et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.  Malgré la mention de la joie, l’Évangile de Luc se termine ainsi sur une note qu’on pourrait dire négative, ou sur une constatation un peu triste du fait que les disciples n’avaient pas encore compris.  Ils s’en retournèrent précisément à cette même Jérusalem dont Jésus venait de  les arracher, de les faire sortir. Incapables de comprendre l’avenir ils se réfugiaient dans le passé. Ils avaient oublié que le voile du Temple avait été déchiré en deux au moment de la mort de Jésus.  Le début du Livre des Actes montrera comment ils s’ouvriront pleinement au message de Jésus à partir de la Pentecôte.

          Dans le récit des Actes (notre première lecture) deux anges apparaissent aux disciples pour leur dire « Galiléens (donc, pas des habitants de Jérusalem !) pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller. »  Il n’y a pas lieu de penser qu’il s’agisse ici de la prédiction d’un retour triomphal de Jésus à la fin des temps.  Il s’agit plutôt du retour que Jésus avait prédit lorsqu’il avait dit « voici que je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » et « lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ».  Une forme de présence est « enlevée » et une nouvelle forme de présence est donnée. C’est là le coeur du message de Luc.  La Parousie ne sera pas le retour triomphal d’un Jésus absent, mais la pleine manifestation du fait qu’il a toujours été présent à la Communauté de ses fidèles – qu’il est toujours présent au milieu de nous.

Pour nous et notre Église d’aujourd’hui, comme pour l’Église et les Chrétiens de tous les temps, ces textes de Luc sont un appel à ne pas vivre dans les nuages en regardant le ciel où se serait temporairement refugié Jésus, mais bien à le rencontrer présent ici-bas dans tous les événements de notre vie personnelle et collective, dans nos épreuves et nos difficultés comme dans nos joies et notre espérance.

Jésus n’est pas hors du temps, et ne reviendra pas dans le temps.  Il est entré dans l’éternité de Dieu, qui transcende tous les lieux et tous les temps.  Il est en nous et au milieu de nous.

Armand Veilleux

 

 

 

 

 

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