Homélie pour le 17 décembre 2018

Gen 49, 2-10 ; Mt 1, 1-17

Prieuré de Ste-Bathilde, Vanves

 

           Nous commençons aujourd’hui la dernière semaine avant Noël. A partir d’aujourd’hui nous chantons les fameuses antiennes « O », qui nous introduisent déjà d’une façon lyrique dans la joie du Temps de Noël. Les Évangiles des cinq derniers jours avant Noël seront tirés du premier chapitre de Luc, mais ceux d’aujourd’hui et de demain sont tirés du premier chapitre de Matthieu.

 

           La traduction du lectionnaire liturgique commence, d’une façon élégante, par les mots : « Voici la table des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham ». Cette traduction élégante est loin d’avoir toute la force du texte original grec qui dit, si nous le traduisons littéralement : « Livre de la Genèse (ou naissance) de Jésus, fils de David, fils d’Abraham ».

 

           Le but de Matthieu n’est pas de faire un travail précis de généalogiste. Il s’agit plutôt de bien faire percevoir comment la naissance de Jésus s’insère dans l’histoire de l’humanité et particulièrement dans celle du peuple hébreu.  Ce que nous célébrerons à Noël ne sera pas l’anniversaire de naissance de Jésus, mais le fait que Dieu s’est incarné, qu’il s’est fait homme à un moment précis de l’histoire de l’humanité. Il s’est incarné dans une peuple déterminé et une culture déterminée.  Ce peuple avait la conscience d’être choisi par Dieu.  Évidemment, il n’était pas seul à être choisi.  Tout être humain a été choisi par Dieu dès avant la création du monde et a la vocation de devenir fils/fille adoptif/ve de Dieu. De même tout peuple est choisi, aimé de Dieu.  La caractéristique propre du peuple Juif, dans l’antiquité, est d’avoir eu une conscience très vive de ce choix, de cette élection, de cet amour personnel de Dieu.

 

           Matthieu, dans le texte que nous venons de lire, répartit l’histoire du peuple d’Israël en trois grandes périodes.  Historiquement, cet arrangement a quelque chose d’artificiel ; le but de Matthieu n’est pas d’écrire l’histoire, mais de transmettre un message spirituel.  Il nous propose donc une interprétation spirituelle de l’histoire d’Israël.  Une première période va de la vocation d’Abraham jusqu’au règne de David : grande période où le peuple juif fit l’expérience de grandes interventions de Dieu dans son histoire, en particulier la libération de l’Égypte, la longue période de formation au désert, puis l’établissement dans la terre promise.  La deuxième période, sera celle qu’on pourrait appeler le développement humain d’Israël, sous plusieurs rois successifs, conduisant à un enrichissement de certains, l’oppression des pauvres par les riches et finalement l’exil comme punition de cet éloignement de Dieu. La troisième période est plus humble : le retour de l’exil, la redécouverte de la loi, le développement d’une spiritualité de pauvreté spirituelle, celle des Anawim. C’est alors que le Messie peut naître.

 

           Ces trois périodes correspondent à celles de tout cheminement spirituel, que nous vivons chacun à notre façon.  Il y a la période où, ayant atteint une certaine maturité humaine et spirituelle, nous percevons l’appel de Dieu sur nous et désirons y correspondre.  Dieu fait alors des choses merveilleuses en nous.  Puis nous voulons nous prendre en main, nous voulons diriger notre propre cheminement, déterminer notre propre croissance, nous affirmer au besoin en écrasant les autres autour de nous.  Puis, si nous nous ouvrons à la grâce de la conversion, une troisième dimension peut s’établir dans notre vie (c’est en effet plutôt une dimension qu’une période) : nous devenons plus conscient de nos limites, de notre pauvreté, et de notre dépendance de Dieu.  Alors il peut naître en nous, chaque jour d’une façon nouvelle.