19 juillet 2019 - vendredi de la 15ème semaine, année impaire

Ex 11, 10--12, 14; Mt 12, 1-8

Monastère de Rixensart, Belgique

 

H O M É L I E

 

           Nous lisons l'Écriture à la lumière de l'interprétation qu'en a donnée toute la tradition chrétienne qui nous a précédés; et cela est normal.  Il est toutefois utile parfois d'aborder un texte d'Évangile en faisant abstraction des lectures et interprétations antérieures, en essayant de nous demander ce que ce texte pouvait bien signifier pour ceux qui l'ont lu les premiers, durant la première génération chrétienne.  C'est un exercice qu'il vaut la peine de faire pour l'Évangile d'aujourd'hui.

 

           Les disciples de Jésus, un jour de sabbat, froissent des épis de blés dans leurs mains et les mangent, au grand scandale des Pharisiens, pour qui cela constitue une activité interdite le jour du sabbat.  Jésus prend leur défense et termine en disant: "Je vous le déclare, il y a ici plus grand que le temple. Si vous aviez compris le sens de cette parole: Je désire la miséricorde et non les sacrifices, vous n'auriez pas condamné ces innocents.  Car le Fils de l'Homme est maître même du sabbat."

 

           L'interprétation la plus populaire et la plus fréquente de ce texte consiste à le comprendre comme si Jésus disait:  "Il y a ici quelqu'un -- moi -- qui est plus grand que le temple.  Je suis maître du sabbat; je fais donc ce que je veux, et mes disciples de même."  Mais je ne crois pas que ce soit là le sens du texte.

 

           Tout d'abord, Jésus ne dit pas "Il y a ici quelqu'un plus grand que le Temple", mais bien: "Il y a ici quelque chose -- une réalité -- plus grande que le Temple".  Cette réalité plus grande que le Temple, il la mentionne tout de suite après.  C'est la "miséricorde".  Le mot grec utilisé est eleos, qui veut dire amour, plus spécifiquement amour miséricordieux à l'égard de celui qui est infidèle ou a transgressé. C'est cette miséricorde que Dieu préfère à tout sacrifice, à toute observance rituelle.  Pourquoi ? Parce que la loi et les rituels sont au service de l'être humain dans son service de Dieu, et non l'inverse.

 

           Le Fils de l'Homme est maître du sabbat, dit Jésus.  Lorsque nous lisons cette expression "Fils de l'Homme" dans le Nouveau Testament, nous l'entendons comme si c'était simplement l'un des noms du Messie.  C'est bien l'un des noms du Messie, mais l'expression a un sens plus général.  L'expression "fils de l'homme" désigne tout d'abord l'être humain comme tel.  Et si le Messie est le Fils de l'Homme par excellence, c'est qu'il est la pleine réalisation de ce que Dieu avait en vue lorsqu'Il a créé l'homme et la femme à son image.  Quant Jésus dit que le fils de l'homme est maître du sabbat, il dit que l'être humain dans sa dignité fondamentale, est plus grand que toutes les lois établies pour l'aider dans sa marche vers Dieu.

 

           Lorsque nous voyons notre soeur ou notre frère transgresser une loi, nous n'avons pas le droit de le/la "condamner", même si nous ne pouvons fermer les yeux sur la transgression, car Dieu lui-même ne condamne pas.  Nous devons surtout nous rappeler que nous avons devant nous un être humain créé à l'image de Dieu et donc plus grand, dans sa dignité fondamentale, que toutes les lois.

 

Armand VEILLEUX