2 février 2018 -  Présentation du Seigneur au Temple

Ml 3,1-4; Hé 2,14-18; Lc 2,22-40

Prieuré de Ste-Bathilde, Vanves

 

H o m é l i e

 

          Dans nos célébrations liturgiques, durant tout le Temps de Noël, nous avons célébré le mystère de l'Incarnation, c'est-à-dire le fait que Dieu a voulu se faire l'un des nôtres.  Durant tout le reste de l'année liturgique nous célébrons le même mystère sous des aspects différents.  Aujourd'hui, en la fête de la Présentation de Jésus au Temple, nous célébrons l'Incarnation comme une rencontre -- la rencontre de Dieu avec l'humanité, exprimée symboliquement dans la rencontre au Temple le quarantième jour après la naissance de Jésus.  Dans le rite de la lumière, qui a précédé notre célébration eucharistique, nous avons célébré ce même mystère de l'Incarnation de Dieu comme la venue de la Lumière dans nos ténèbres. 

 

          La religion d'Israël était tout entière centrée sur le culte rituel et sur le Temple d'Israël, lieu privilégié de ce culte.  En même temps les prophètes appelaient à la conversion du cœur, à la justice et à l'amour.  Les tensions n'avaient jamais manqué entre les responsables du culte et de ses lois d'une part et les prophètes d'autre part.  Quand Jésus apparaît, les prêtres et les docteurs de la loi s'imposent au peuple mais il n'y a plus de prophètes.  Tout l'enseignement de Jésus consistera à montrer que ce que son Père attend des hommes, ce n'est pas d'abord une observance cultuelle ou rituelle, mais bien la pratique de l'amour, de la justice et de la miséricorde, à l'image de l'attitude de son Père à notre égard.

 

          C'est pourquoi l'Évangéliste Luc met cette scène dans l'introduction à son Évangile (chapitres 1 et 2) que nous avons méditée tout au long du temps de Noël.  Jésus vient bien au Temple avec sa mère et son père, pour remplir un précepte de la loi.  Mais ceux avec qui se produit la rencontre qui symbolise celle de Dieu avec l'humanité, ce ne sont pas les prêtres et les docteurs de la Loi.  Ce sont deux pauvres de Yahvé.  Syméon n'appartient pas à la caste sacerdotale.  Il était simplement une "homme juste et religieux qui attendait la Consolation d'Israël".  Anne était une veuve qui avait passé toute sa vie dans le Temple à louer Dieu. Ayant l'un et l'autre un cœur de pauvre, ils sont capables de voir Dieu et reconnaissent la présence de l'envoyé de Dieu dans l'enfant présenté ce jour-là au Temple.

 

          Cette première visite de Jésus au Temple, et l'autre à l'âge de 12 ans, mentionnée aussi par Luc, et au cours de laquelle Jésus affirme son autorité, seront suivies de plusieurs autres visites au Temple durant sa vie publique. Ce seront toujours des rencontres de Jésus avec le Peuple en même temps que des confrontations avec les agents du Culte et de la Loi. 

 

          Toutes ces "visites" de Jésus soulignent le changement radical qu'il a apporté dans la signification du culte.  Depuis Jésus, ce qui est au coeur de la Religion ce n'est plus le culte avec toutes ses célébrations liturgiques annuelles, hebdomadaires et quotidiennes.  Ce qui est au coeur de notre Religion, c'est la pratique vécue de l'Évangile dans tous les aspects de notre vie de tous les jours : dans notre vie privée, familiale ou communautaire, comme dans notre travail et l'exercice de nos responsabilité civiques ou ecclésiales.  C'est là que Dieu nous attend et nous rencontre sans cesse.  La liturgie est le lieu où nous exprimons sans cesse collectivement notre foi en ce message de Jésus, et où nous sommes sans cesse transformés en communauté ecclésiale -- la communauté de ceux qui ont mis leur foi en Jésus de Nazareth.

 

          Nous sommes toujours tentés de retourner à une mentalité d'Ancien Testament qui nous porte à penser que nous sommes de bons chrétiens si nous assistons à la Messe du dimanche et observons les principaux préceptes de l'Église, ou encore que nous sommes de bons moines si nous observons fidèlement toutes nos règles liturgiques et autres.  En réalité l'observance de l'Eucharistie dominicale et de toutes ces règles est importante, mais en tant qu'expression symbolique et sacramentelle de notre volonté de laisser l'Évangile transformer tous les moments et tous les recoins de notre vie quotidienne.  C'est alors, et alors seulement, que chaque moment de cette observance fidèle devient un moment de la Rencontre avec Dieu.