Homélie pour le 21 février 2018 : mercredi de la 1ère semaine de Carême

Jonas 3, 1-10 ; Luc 11, 29-32

Prieuré de Ste-Batjhilde, Vanves

 

Homélie

 

          Le prophète Jonas fut envoyé par Dieu aux païens de la cité de Ninive.  Mais il ne voulait pas avoir cette mission, et il s’enfuit vers la cité de Tarsis.  Cela, comme nous le savons, le conduisit – lui et tous ses compagnons – dans une terrible tempête.  Au coeur de cette tempête, il reconnut son péché et il accepta – il demanda même – d’être jeté à la mer pour calmer la colère de Dieu. C’est alors qu’il commença une expérience de solitude, symbolisée par le temps qu’il passa dans le ventre d’un gros poisson, avant de commencer, finalement, sa mission qui était de prêcher un message de repentance.  Cependant, il lui était impossible de comprendre qu’une cité païenne pourrait se convertir à Dieu ;  et lorsqu’elle se convertit, il en fut contrarié.  Comme nous le savons par le reste de l’histoire, Dieu va lui faire comprendre, à travers l’image de la plante qui croît en un jour et qui meurt le lendemain, qu’il a le même amour miséricordieux pour la ville païenne de Ninive que pour le peuple d’Israël.

 

          C’est à tout cela que se réfère Jésus lorsqu’il dit aux scribes et aux Pharisiens, qu’il appelle une « génération pervertie », que le seul signe qui leur sera donné sera le signe de Jonas.  Nous ne devons pas y voir simplement une allusion au fait que les trois jours passés par Jonas dans le ventre de la baleine et sa sortie de cet endroit sont le symbole des trois jours passés par Jésus dans le tombeau et sa résurrection.  Il y a plus que cela dans les mots de Jésus ; car il leur parle aussi de la conversion des habitants de Ninive de même que de la Reine de Saba, qui vint écouter la sagesse de Salomon.  Le message de Jésus est universaliste.  Le salut est pour toutes les nations.

 

          Un Père de l’Église, saint Pierre Chrysologue (qui fut évêque de Ravenne en Italie, au début du 5ème siècle) a un très beau commentaire de ce texte, dans lequel il démontre comment l’histoire de Jonas s’est réalisée en Jésus.  Il va même jusqu’à dire que Jésus s’est enfui de la face de Dieu, tout comme Jonas, citant le beau texte de Philippiens 2. (Lui qui était égal à Dieu a laissé cette condition divine pour devenir l’un d’entre nous.... Le Père l’a ressuscité et son message s’est répandu jusqu’aux extrémités de la terre.

 

          Nous sommes souvent comme les scribes et les Pharisiens, demandant à Dieu de nous donner des signes. Nous sommes aussi comme Jonas, refusant d’aller vers ceux et celles de nos frères ou de nos soeurs que nous considérons appartenir à une autre catégorie, à un autre groupe, à une autre classe.  Alors, Dieu nous prend parfois et nous fait passer par une tempête --  une expérience de solitude ou peut-être d’échec personnel.  Essayons alors d’être comme la Reine de Saba, qui n’a pas hésité à se mettre en chemin, laissant les sentiers battus de nos certitudes – ou de nos illusions – pour écouter la sagesse de Dieu – cette sagesse qui nous est constamment offerte dans l’écoute et la médiation de la Parole de Dieu, mais aussi dans l’écoute de nos soeurs et de nos frères.

 

          Nous retournerons alors toujours au coeur du signe de Jonas : il n’y a pas de plénitude de vie sans un passage par la mort.  Il nous faut toujours mourir à nous-mêmes pour que le Christ naisse – et naisse toujours à nouveau – en nous.

 

Armand VEILLEUX