22 avril 2018 -- 4ème dimanche de Pâques "B"

Actes 4,8-12;  1 Jean 3,1-2; Jean 10,11-18

Prieuré de Ste-Bathilde, Vanves

 

 

H O M É L I E

 

           Cet évangile nous parle du Bon Pasteur. "Bon pasteur" est la traduction habituelle.  Et pourtant le texte original grec doit se traduire, littéralement, par:  "Je suis le beau pasteur" ('o poimèn 'o kalós), comme le rappelait il y a une vingtaine d’année le Cardinal Martini de Milan dans une admirable lettre pastorale sur la beauté qui sauvera le monde.  En réalité il n'y a pas tellement de différence entre les deux traductions, car est véritablement beau ce qui est bon et vrai.  C'est toute la différence entre une vraie rose et une fleur de plastique, entre une personne authentique et quelqu'un qui essaye de tromper en jouant un rôle.  Lorsque nous rencontrons une personne admirable par sa générosité, son amour, sa fidélité, ne disons-nous pas: "quelle belle personne!", et lorsqu'on nous raconte un récit particulièrement touchant, ne disons-nous pas : "quelle belle histoire!"?  Eh! bien, c'est dans ce sens que Jésus est un "beau pasteur".  Il utilise cette image pour décrire la nature de ses relations avec nous.

 

           Il souligne tout d'abord la différence entre un vrai berger, à qui les brebis appartiennent et le mercenaire, ou gardien à gage.  La différence entre les deux se manifeste tout spécialement dans les moments de danger, lorsqu'un loup apparaît, par exemple.  Le vrai berger est prêt à risquer sa vie;  le mercenaire ne pense qu'à sauver la sienne.

 

           La deuxième caractéristique du "beau pasteur", que signale Jésus, est la connaissance mutuelle entre lui et ses brebis.  Pour un étranger qui regarde un troupeau de brebis, elles sont toutes identiques; mais le vrai berger les distingue toutes, les unes des autres, et connaît chacune par son nom.  Et Jésus va beaucoup plus loin que ce que laisse entendre cette image.  Il affirme que cette connaissance mutuelle entre lui et ses disciples est de même nature que la connaissance mutuelle entre Lui et son Père.  Cette connaissance n'est pas théorique et intellectuelle; elle est de l'ordre de l'amour et est telle que l'on est prêt à donner sa vie pour celui qu'on aime.  C’est de cette façon que nous sommes appelés à le connaître. 

 

           Enfin, Jésus parle de brebis qui lui appartiennent mais ne sont pas de cette bergerie.  Même si elles ne sont pas du même bercail, elles sont "siennes" et il doit aussi les guider.  Un jour viendra, à un moment que personne ne connaît ni ne peut prévoir, où il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.

 

           Dans la première prédication apostolique, peu de jours après la Résurrection et la Pentecôte, les images s'entrecroisent et se complètent.  Alors que, parlant aux pasteurs de Galilée, Jésus employait l'image qui leur parlait le plus -- celle du berger -- Pierre, parlant aux citadins de Jérusalem, utilise une autre image, celle d'une construction.  Aux chefs du peuple et aux anciens, il affirme que Jésus est la pierre qu'eux, les bâtisseurs, ont rejetée et qui est devenue la pierre d'angle.  Tout salut, même la guérison conférée par Pierre au boiteux qui ne demandait d'ailleurs qu'une aumône, tout salut vient de lui. 

 

           Quant à l'Apôtre Jean, écrivant sa lettre au soir de sa vie, il est encore fasciné par cette connaissance mutuelle, fruit de l'amour du Père pour nous.  Toute la beauté de notre condition d'enfants de Dieu -- condition qui est déjà la nôtre -- sera révélée lorsque Jésus apparaîtra dans sa gloire et que nous le verrons tel qu'il est, sans voiles.

 

           Seule cette intimité avec Jésus dans une connaissance mutuelle peut donner la force d'être ses témoins, jusqu'au martyre s'il le faut.  Encore de nos jours, plusieurs pasteurs risquent leur vie, et parfois la donnent pour leur peuple. Portons dans notre prière d'une façon particulière, en ce jour, tous ceux et celles qui, imitant le "beau pasteur" de l'Évangile, se consacrent jusqu'à risquer leur vie dans le service et la défense de ceux qui leur sont confiés, que ce soient des pères et mères de famille, ou encore des chefs politiques ou religieux.  Et prions aussi pour que tous ceux et celles qui ont reçu de telles responsabilités résistent à la tentation d'agir comme des mercenaires pour qui les brebis ne comptent pas.

 

Armand Veilleux