4 mars 2018 -- 3ème dimanche de Carême "B"
Exode 20, 1-17; 1Cor 1, 22-25; Jean 2, 13-25

Prieuré de Ste-Bathilde, Vanves

 

H O M É L I E

          

           Lorsque Jésus chasse les vendeurs du temple, avec leurs brebis et leurs bœufs, jetant par terre la monnaie des changeurs et renversant leurs comptoirs, les disciples se rappellent la parole de l'Écriture : "Le zèle de ta maison me consume" (Ps 69,10, grec).  Ils interprètent l'action de Jésus à la lumière du zèle d'Élie (1 Rois 19,10.14.15-18; 2 Rois 10,1-28; Mal 3, 1sq; Eccl. 48,1-11).  Ils voient en Jésus le Messie qui va renforcer les institutions religieuses d'Israël par la force et la violence.  Ils n'ont rien compris -- pas même ce qu'Élie lui-même avait appris dans son expérience mystique sur le mont Horeb : que Dieu n'est dans rien de ce qui est violent (ouragan, tremblement de terre, feu, etc.) mais dans ce qui est doux et paisible, la brise légère. 

 

           En disant "ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic", Jésus se situe sur un autre terrain.  Cette "Pâque des Juifs", comme l'appelle l'Évangéliste Jean, non sans une note péjorative, est tout autre que la "Pâque du Seigneur" (comme en Ex 12,11.48; Lév. 23,4; Nombres 9,10.14; Deut. 16,1), et le Temple où se déroule cette Pâque des Juifs n'est plus la maison de Dieu.  En appelant Dieu "mon Père", Jésus montre que la relation entre Dieu et le peuple ne peut plus se formuler en termes de sacrifice et donc de violence, mais en termes d'amour paternel et filial.

 

           Pour comprendre l'attitude ferme et sans compromis, en apparence violente, de Jésus, il faut replacer le décalogue, que nous avons entendu dans la première lecture, dans son véritable contexte.  Nous avons malheureusement appris les "dix commandements" comme une série de préceptes moraux à observer sous peine de péché.  Ils furent en réalité promulgués dans le souvenir douloureux de l'esclavage de l'Égypte et dans l'espoir d'établir une société différente, sans esclavage ni oppression, où l'égalité de tous devant Dieu serait respectée dans les relations interpersonnelles.  Si les trois premiers commandements parlent de la relation avec Dieu, les sept autres parlent des relations entre personnes au sein de la communauté.

 

           À l'époque de Jésus, dans l'univers religieux d'Israël, on constatait la domination et l'exploitation du petit peuple par la classe dominante.  En particulier la "Pâque des Juifs" était l'occasion de l'exploitation des pauvres qui devaient fournir leur dû au Temple.  C'est pourquoi Jésus adressa ses reproches tout particulièrement aux marchands de colombes, qui étaient ceux qui exploitaient les plus petits qui ne pouvaient acheter autre chose.

 

           La colère de Jésus est dirigée contre toute utilisation du sentiment religieux pour exploiter les petits et les pauvres.  Tout appel à Dieu -- que ce soit Allah ou le Dieu des Chrétiens -- pour justifier la violence et la guerre est un crime contre l'humanité -- l'humanité des petits qui en sont toujours les premières victimes, et l'humanité de celui qui a choisi de se faire l'un de nous.