15 février 2018 -- Jeudi après le Mercredi des Cendres

Dt 30, 15-20 ; Lc 9, 22-25

Prieuré de Sainte-Bathilde, Vanves

 

H O M É L I E

 

         

          Le mystère pascal est une réalité complexe, qui comprend, indissolublement, le mémorial de la mort du Christ et de sa résurrection.  Sa mort n'aurait pas de sens si elle n'était un acte d'obéissance et d'amour à l'égard du Père;  et la résurrection n'a de sens qu'en relation avec cette mort, puisqu'elle est la réponse du Père à l'obéissance pleine d'amour de son Fils.  C'est pourquoi les textes liturgiques nous mettent d'emblée en présence de ce diptyque, en nous faisant entendre dès le deuxième jour de Carême cette parole de Jésus: "Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup... qu'il soit mis à mort et, le troisième jour, qu'il ressuscite". 

 

          Ce qu'a vécu le Maître, doit aussi le vivre quiconque a accepté l'appel à être son disciple:  "Celui qui veut marcher à ma suite (c'est-à-dire: celui qui veut être mon disciple) qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive."   Le temps des verbes (au subjonctif) et le "il faut" (du premier membre de phrase) indique bien l'urgence et la nécessité de la décision.  Jésus le précise d'ailleurs sans ambages:  "Celui qui veut sauver sa vie la perdra; mais celui qui perd sa vie pour moi, celui-là la sauvera". 

 

          "Perdre sa vie" pour le Christ peut vouloir dire beaucoup de choses.  Pour certains, comme nos sept frères de Tibhirine ainsi que pour plusieurs autres religieux et religieuses d'Algérie, et tant d'autres martyrs -- connus ou inconnus -- de tous les temps, cela a signifié l'acceptation d'une mort violente.  Nous n'avons pas tous ce terrible privilège.  Mais tous nous sommes appelés à faire -- constamment, de façon implicite et en certaines circonstances de façon explicite -- le choix radical entre deux voies : celle qui conduit à la vie et celle qui conduit à la perte.

 

          Ce choix était déjà présenté au Peuple d'Israël dès le début de son Exode -- un Exode de quarante ans dans le désert, que nous revivrons symboliquement durant nos quarante jours de carême.  Le choix proposé par Dieu est on ne peut plus clair:  "Je te propose aujourd'hui vie et bonheur, mort et malheur... Choisis donc la vie... en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix et en t'attachant à lui."

 

          Le mystère -- qui est le mystère de la liberté humaine -- est que nous sommes capables de choisir le malheur plutôt que le bonheur et la mort plutôt que la vie.  Et c'est bien ce que nous faisons chaque fois que nous péchons.  Heureusement la voix de la perte n'est pas à sens unique.  Il nous suffit de nous retourner, de tourner notre face vers celle de Dieu, de nous laisser fasciner à nouveau par la beauté, et nous voici de nouveau en marche vers lui, sur la voie du retour qui est la voie de la conversion.

 

          C'est la voie à laquelle nous appelle saint Benoît qui affirme dès le début de sa Règle l'avoir écrite pour ceux qui, s'étant éloignés de Dieu par la voie de la désobéissance, veulent revenir à lui par celle de l'obéissance.  C'est la voie que nous voulons parcourir avec une ferveur renouvelée en ce temps de Carême.