22 février 2018 – Chaire de saint Pierre

1 P 5, 1-4; Mat 16, 13-19

Prieuré de sainte Bathilde, Vanves

 

 

Homélie pour la fête de la Chaire de saint Pierre  

 

          Et vous, qui dites-vous que je suis?

 

          Il n’est jamais facile de traduire un texte dans une autre langue en en respectant toutes les nuances.  Les traducteurs du lectionnaire liturgique, dans leur effort pour rendre le texte intelligible aux personnes d’aujourd’hui paraphrasent parfois le texte, ou y ajoutent quelque chose. Ainsi, dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus demande à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? ». La traduction que nous avons lue paraphrase cette question, ajoutant les mots : « pour vous qui suis-je ? », donnant aux paroles de Jésus une note intimiste qu’elles n’ont pas. 

 

Nous tendons à être toujours préoccupés par nos états intérieurs (« qui est Jésus, vraiment pour moi ?), alors que deux verbes reviennent sans cesse dans le Message de Jésus, le verbe dire et le verbe faire. Il faut faire la volonté de son Père, il faut faire la vérité. De même, dans le texte d’aujourd’hui, il faut dire qui est Jésus, c’est-à-dire le proclamer.

 

          La foi n'est pas une simple attitude intérieure du cœur, encore moins un simple acquiescement de l'esprit.  Elle doit se dire.  Et elle doit se dire en paroles aussi bien qu'en actes. En réponse à la question de Jésus, Pierre confesse de bouche Sa divinité: Tu es le Messie, le fils du Dieu vivant.  Plus tard il confessera Jésus par toute sa vie et, finalement, par sa mort. Jésus, à son tour, prend la parole pour dire qui est Pierre et quelle est sa mission.  N'avait-il pas promis que "quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux" (Matt 10,32). 

 

          Nous retrouvons cette union de la parole et des actes dans toute l'économie de la Rédemption.  Tout au long de l'Évangile Jésus proclame la Bonne Nouvelle par des paroles et par des signes qui se complètent et s'éclairent mutuellement.  Jacques affirmera dans sa Lettre que la foi sans les actes est une foi morte.  Il faut en conclure deux choses.  D'une part, une foi qui ne s'exprimerait pas dans des actions concrètes, dans la vie, ne serait pas une foi authentique.  Par ailleurs,  le Père se disant Lui-même dans son Verbe, la foi doit se dire aussi en paroles.  Elle doit se proclamer.  Toute la vie sacramentelle de l'Église est constituée de paroles et de gestes, d'actes de foi traduits dans des gestes de vie.

 

          L'Église est la communauté de tous ceux qui ont reçu le message du Christ -- qui ont reçu de Lui la même question qu'Il posa à ses disciples : "et vous, qui dites-vous que je suis?"  Chacun -- chacun de nous -- doit répondre à cette question de la même façon que Pierre, en affirmant sa foi en paroles, puis en traduisant cette parole dans une vie au service de cette parole. 

 

Nous sommes tous appelés à proclamer l'Évangile en le vivant, à l'annoncer à travers nos actes.  Mais cela ne suffit pas.  Nous sommes aussi tous appelés à le proclamer en paroles.  Nous le faisons chaque jour tout au long de nos célébrations liturgiques, qui ne sont pas des expressions de nos états intérieurs mais des proclamations de notre foi, des affirmations de qui est Jésus – pas simplement « qui il est pour nous, de façon intimiste » mais, plus profondément, plus globalement, qui « il est », tout court !. Nous le proclamons en particulier dans la doxologie de chacune de nos oraisons, où nous disons "Par Jésus-Christ, ton fils, notre Seigneur et notre Dieu..."  Efforçons-nous de garder toujours bien conscient ce lien entre nos paroles et notre vie, dans l'espérance, fondée sur la propre parole de Jésus, qu'Il nous confessera aussi devant son Père et notre Père.

 

Armand VEILLEUX