22 octobre 2017 -- 29ème dimanche ordinaire « A »

Is 45,1.4-6a ; 1 Th 1,1-5b ; Mt 22,15-21

 

 

 

H O M É L I E

 

          Le fait le mieux attesté historiquement – même en dehors des Livres Sacrés -- concernant Jésus de Nazareth c’est qu’il a été jugé et exécuté par les autorités romaines sous une accusation de haute trahison.  Lorsque les Pharisiens, les Scribes et les Prêtres amenèrent Jésus à Ponce Pilate pour le faire condamner à mort et le faire exécuter par les autorités romaines, ils utilisèrent contre lui l’accusation suivante : « Nous avons trouvé cet homme mettant le trouble dans notre nation :  il empêche de payer le tribut à César... » (Luc 23,2). Il est donc important d’analyser attentivement l’événement rapporté dans le récit évangélique que nous venons de lire, puisque c’est l’événement qui fut utilisé par les autorités juives pour le faire exécuter comme un agitateur politique.

 

          Jésus était très compréhensif à l’égard de la faiblesse humaine et il manifestait une compassion choquante à l’égard de toutes sortes de pécheurs.  Mais il y a une chose qu’il ne pouvait supporter ; c’était l’hypocrisie.  Il ne pouvait pas supporter l’hypocrisie des autorités juives qui opprimaient politiquement, socialement et économiquement leur propre peuple au nom de la religion.  Et il ne supporterait certainement pas l’hypocrisie qui consiste de nos jours à voir dans l’Évangile le fondement d’une soi-disant distinction entre politique et religion qui permet dans bien des cas de ne pas nous laisser influencer par l’Évangile dans nos attitudes et activités dans l’ordre social et économique.  En réalité une telle distinction (qui est autre chose que l’autonomie de chacune des sphères d’autorité) est un concept moderne et purement païen.

 

          Le peuple d’Israël vivait sous la domination des Romains.  Les indices sont nombreux dans l’Évangile nous montrant que Jésus désirait tout autant que les Zélotes, les Pharisiens, les Esséniens, et n’importe quel autre groupe semblable, qu’Israël soit libéré de cet impérialisme romain.  Mais sa préoccupation allait bien au-delà de celle de tous ces groupes. Il voulait aller jusqu’à la racine de toute oppression et de toute domination : c’est-à-dire, le manque de compassion de l’homme envers l’homme.  Si les Juifs continuaient de manquer de compassion les uns pour les autres, seraient-ils plus libres après s’être défaits de l’occupation romaine ?  Si les Juifs continuaient de fonder leurs vies sur les valeurs mondaines d’argent, de prestige, de solidarité de clans et de pouvoir, l’oppression romaine ne serait-elle pas tout simplement remplacée par une oppression juive tout aussi implacable ?

 

          Jésus était préoccupé de libération d’une manière beaucoup plus vraie que ne l’étaient les Zélotes.  Eux voulaient un changement de gouvernement (on dirait aujourd’hui un « changement de régime » !) de romain à juif.  Cela ne faisait pas de problème à Jésus.  Mais il voulait que ce changement affecte toutes les dimensions de la vie.  Il voyait ce que personne d’autre ne voyait : à savoir, que l’oppression et l’exploitation économique des Juifs venait de l’intérieur plus que de l’extérieur.  La classe moyenne juive, qui se rebellait contre Rome, opprimait elle-même les pauvres et les non-instruits.  Le peuple ordinaire souffrait plus de l’oppression des Scribes, des Pharisiens, des Sadducéens et des Zélotes que de celle des Romains.  Les protestations de cette classe moyenne contre les Romains étaient hypocrites.  Et c’est là le point central de la fameuse réponse de Jésus à la question à savoir s’il est légitime de payer l’impôt à César.

 

          Dans la pratique, l’occupation romaine signifiait taxation romaine.  Dans l’idée des Pharisiens, payer des impôts à l’occupant romain signifiait donner à César ce qui appartenait à Dieu, c’est-à-dire la propriété d’Israël.  Mais Jésus voyait bien que tout cela était une simple rationalisation, une excuse hypocrite pour leur avarice. Cela n’avait rien à faire avec le véritable problème. 

 

Dans leur question, ils demandent s’il est permis de payer l’impôt à l’empereur.  Dans sa réponse, Jésus ne parle pas de payer, mais de rendre.  « Rendez à César ce qui est à César » leur dit-il.  Cette réponse montre que Jésus voyait le motif réel derrière tout le problème qu’ils faisaient avec cette question des impôts.  Ceux qui se posaient cette question étaient eux-mêmes en possession de la monnaie romaine.   Ces pièces de monnaie portaient l’effigie et le nom de César.  Ce n’était pas l’argent de Dieu ; c’était l’argent de César.  Si vous refusez de rendre à César ce qui appartient à César, ce ne peut être qu’à cause de votre amour de l’argent.  Mais, ajoute Jésus : « rendez aussi à Dieu ce qui appartient à Dieu » c’est-à-dire rendez-lui son peuple, que vous avez accaparé et dont vous avez fait vos esclaves.  Si vous désiriez vraiment rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, vous vendriez toutes vos possessions et vous les donneriez aux pauvres ; vous renonceriez à votre pouvoir et votre prestige.

 

          Le véritable problème était celui de l’oppression elle-même, et non le fait que l’empire romain osait opprimer le peuple choisi.  La racine de toute forme d’oppression est le manque de compassion.  Considérées en ces termes, les contraintes qui consistaient à payer des impôts aux autorités romaines plutôt qu’aux autorités juives étaient minimes en comparaison des contraintes que souffraient les pauvres et les pécheurs juifs aux mains de leurs riches et « vertueux » concitoyens.  Toutes ces contraintes devaient être éliminées, mais Jésus était beaucoup plus sensible aux souffrances auxquelles étaient soumis les pauvres et les pécheurs comme nous le révèlent plusieurs récits de l’Évangile.

 

          Jésus ne reproche pas aux Pharisiens d’être trop « politiques ».  En un certain sens, il leur reproche d’être trop « religieux », c’est-à-dire d’opprimer leurs frères et sœurs au nom d’une religion sans amour.

 

          Qui sait ?  Peut-être sommes-nous aussi parfois trop « religieux » ...

 

 

 

 

 

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