21 août 2016 – 21ème dimanche "C"
Is 66,18-21; Hé 12,5-7. 11-13; Lc 13,22-30
Monastère de Kibungo, Rwanda

 

H O M É L I E

           Le poème du livre d'Isaïe, que nous avons entendu comme première lecture, est l'un des textes "universalistes" les plus surprenants de tout l'Ancien Testament.  Au peuple d'Israël, convaincu d'être l'unique peuple choisi de Dieu et  l'unique objet de tous les privilèges du salut, Isaïe annonce que Dieu enverra ses messagers à toutes les nations et que l'on viendra de tous les peuples pour offrir le culte à Jérusalem.

           Ce que Jésus dit dans l'Évangile d'aujourd'hui a certainement été tout aussi dérangeant pour ses auditeurs.  Il annonce que des peuples viendront d'Orient et d'Occident, du nord et du midi, et s'assoiront à la table dans le royaume de Dieu.

           Encore plus surprenante est son affirmation que, pour être admis au banquet, il n'importe pas de faire partie d'une quelconque institution, mais bien de suivre fidèlement son enseignement.  Beaucoup viendront et diront : "Me voici, Seigneur !  Nous nous connaissons bien, n'est-ce pas ?  J'ai été catholique toute ma vie.  J'ai participé à plusieurs associations pieuses.  J'ai encore tous mes diplômes.  J'ai payé ma souscription tous les ans.  J'ai fait partie de l'Action Catholique, des Enfants de Marie, du Néo-Catéchuménat, j’ai été moniale durant 30 ans, etc... Le Seigneur dira :  Je regrette, mais je ne te connais pas.  Tu n'es pas l'un de ceux qui ont vécu selon mes commandements d'amour et de justice, de compassion et de pardon.  J'ai entendu parler de toi, mais je ne te connais pas.  Tu n'as pas partagé tes richesses avec les pauvres.  Tu as été dur en affaire et as causé la ruine de plusieurs.  Tu n'as pas oublié une insulte ou une injustice qu'un frère ou une sœur t'a faite il y a vingt ans.  Dommage, mais tu n'es pas l'un des miens."

           Viendra ensuite quelqu'un qui n'a jamais entendu parler de Jésus, ou peut-être quelqu'un qui se considère athée, parce qu'il a rejeté la fausse idée de Dieu qu'on lui avait communiquée.  Et Jésus lui dira :  "Bienvenu dans mon royaume."  Cette personne lui dira alors.  "Tu dois te tromper.  Tu dois me prendre pour un autre.  Ne sais-tu pas que je ne suis pas catholique ou que j'ai abandonné l'Église à l'âge de dix-huit ans ?"  Et Jésus dira alors :  "Ce que tu as dans la tête ne m'importe pas.  Le fait est que ton cœur a toujours été avec moi.  Tu as vécu selon les valeurs pour lesquelles j'ai vécu et je suis mort.  Tu m'as toujours connu, même si peut-être tu ignorais mon nom.  Bienvenu dans mon royaume."

           Tout cela est outrageux pour les bons Chrétiens que nous sommes. Mais c'est l'enseignement de Jésus.

           Le fait que Dieu avait choisi Israël n'impliquait aucun privilège.  Ce choix donnait simplement au peuple d'Israël un rôle unique dans le plan universel du salut – un salut qui est pour toutes les nations.  De même, le fait que nous ayons été choisis et appelés à être membres de l'Église, ou même membre d’une communauté monastique, n'implique aucun privilège.  Cela implique une mission.

           Nous sommes appelés à être d'authentiques disciples du Christ.  Être disciples du Christ veut dire marcher à sa suite et vivre selon son enseignement.  L'Église est la communauté de tous les disciples du Christ qui se reconnaissent comme tels.  Si je fais partie de l'Église mais ne vis pas selon l'enseignement du Christ, je ne suis pas l'un de ses disciples.  Mon appartenance à l'Église est vide de sens.  D'autre part, quelqu'un peut ne pas appartenir à l'Église mais être un authentique disciple du Christ, même s'il n'a jamais entendu parler de lui, parce qu'il vit selon les valeurs humaines et spirituelles pour lesquelles Jésus a vécu et est mort.  Il y a des millions de ces Chrétiens anonymes de par le monde.

           Si nous sommes, comme j'espère que nous sommes tous ici présents, à la fois membres de l'Église et disciples du Christ, c'est-à-dire des personnes qui s'efforcent, malgré leurs faiblesses, de vivre selon le message du Christ, nous avons alors une responsabilité très grande dans le plan de salut de Dieu sur l'humanité.  Nous avons la responsabilité de faire connaître la personne, le nom et le message du Christ autour de nous, par notre vie et nos paroles.

           Voyons donc dans l'Évangile d'aujourd'hui non pas l'assurance gratifiante que nous faisons partie du petit nombre des privilégiés, mais plutôt le rappel du fait que nous avons une mission à la fois très belle et très exigeante.

Armand VEILLEUX

 

 

 

 

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