22 mars 2009 --  4ème dimanche de Carême « B »

2 Ch 36,14-16.19-23; Ép 2,4-10; Jn 3,14-21

 

Homélie

 

            Ce passage évangélique, qui est la deuxième partie du dialogue entre Jésus et Nicodème, qui était venu le trouver de nuit, comporte une affirmation extraordinaire de Jésus : « Dieu, dit-il, a tant aimé le monde... » Le monde dans lequel Jésus est né ; le monde dans lequel nous vivons ; le monde que nous formons tous ensemble, avec ses conflits et ses contradictions ; ses grandeurs et ses petitesses, ce monde capable du meilleur et du pire, Dieu l’aime.  Il l’aime tel qu’il est. C’est à ce monde qu’Il a donné son Fils, par amour.

 

            Au moment où Jésus prononce ces paroles, au début de sa vie publique, l’Église, évidemment, n’existe pas encore. Jésus n’est donc pas un don du Père à l’Église, ou aux Chrétiens.  Il est un don au monde. Si Dieu le Père a tant aimé le monde qu’il lui a donné son propre Fils, ne devons-nous pas l’aimer nous aussi ?

 

            Quelle est donc la raison d’être de l’Église, si ce n’est pas à elle que le Père a donné son Fils ? L’Église vit dans le monde, au coeur du monde.  Son rôle n’est pas d’englober le monde entier. Elle n’est pas appelée à faire de tous les humains, de toutes les nations, des « membres de l’Église ».  Elle est une poignée de levain dans la pâte du monde, une pincée de sel dans le banquet des nations. Son rôle est de rappeler sans cesse au monde, à travers sa vie, l’amour de Dieu – cet amour que Dieu porte au monde entier.  C’est là, d’ailleurs, le coeur du message de Vatican II, dans son grand document sur l’Église dans le monde.  L’Église existe pour  le monde, tout comme Jésus est le don du Père au monde.

 

            Jésus ajoute que Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde mais pour que le monde, par Lui, soit sauvé.  L’Église doit se rappeler sans cesse ce plan de Dieu.  Elle n’a pas – pas plus que le Christ – la mission de juger le monde, mais celle de lui apporter le salut, en lui apportant son amour.  Dieu ne condamne personne.  Il offre la vie à tous, mais il laisse chacun livre d’accepter ce don ou de le refuser.  Celui qui refuse le don de la vie s’en sépare lui-même. Sa séparation n’est pas le fait d’une condamnation ou d’une punition, mais simplement l’effet d’une action libre de sa part – d’un refus.

 

            Le monde d’aujourd’hui, comme celui de tous les temps mais d’une façon nouvelle, vit de grandes souffrances. Il n’a pas besoin de condamnation, il a besoin d’amour.  Tout comme le Père n’a pas envoyé son fils dans le monde pour le juger mais pour le sauver ; de même le Fils n’a pas envoyé son Église dans le monde pour le juger mais pour témoigner de l’amour qu’il lui porte, puisqu’il est venu pour le sauver.

 

            De même, notre Église d’aujourd’hui vit de grandes souffrances.  Et divers événements récents sont venus ajouter à cette souffrance.  Elle aussi, qui fait partie du monde et qui est dans le monde, a besoin d’amour plus que de condamnation. Cela vaut pour ses ministres comme pour l’ensemble de ses membres.

 

            L’Évangile d’aujourd’hui nous invite donc à être, de toutes les façons et dans tous les secteurs de notre vie, à travers notre vie elle-même, des témoins de l’amour du Père à l’égard de toute sa créature.

 

Armand VEILLEUX

 

 

 

           

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