2 avril 2017

Chapitre à la Communauté de Scourmont.

 

Abraham notre père dans l’Espérance

 

          Dans la Lettre qu’il adressait aux consacrés, en novembre 2014, à l’approche de l’Année de la vie consacrée, le pape François nous invitait à regarder le passé avec reconnaissance, à vivre le présent avec passion et à embrasser l’avenir avec espérance.     

 

Concernant l’avenir, il ne cachait pas que beaucoup d’aspects de la situation actuelle de plusieurs communautés religieuses, étaient plutôt de nature à engendrer le découragement si on les considérait d’une façon purement humaine. C’est pourquoi il n’invitait pas à une confiance en l’avenir fondée sur des programmations humaines mais bien à une espérance fondée sur Dieu.

 

Nous connaissons les difficultés que rencontre la vie consacrée dans ses différentes formes, écrivait-il alors : la diminution des vocations et le vieillissement, surtout dans le monde occidental, les problèmes économiques suite à la grave crise financière mondiale, les défis de l'internationalité et de la mondialisation, les tentations du relativisme, la marginalisation et l'insignifiance sociale... C'est bien dans ces incertitudes que nous partageons avec beaucoup de nos contemporains, que se met en œuvre notre espérance, fruit de la foi au Seigneur de l'histoire qui continue de nous répéter : « Ne crains pas... car que je suis avec toi » (Jr 1, 8).

 

L'espérance dont nous parlons ne se fonde pas sur des chiffres ni sur des œuvres, mais sur Celui en qui nous avons mis notre confiance (cf. 2 Tm 1, 12), et pour lequel « rien n'est impossible » (Lc 1, 37). Là est l'espérance qui ne déçoit pas et qui permettra à la vie consacrée de continuer à écrire une grande histoire dans l'avenir, vers lequel nous devons tenir notre regard tourné, conscients que c'est vers lui que nous pousse l'Esprit Saint pour continuer à faire avec nous de grandes choses.

 

          Cette semaine, mercredi le 29 mars, une décision pénible de la Congrégation des Religieux était transmise à nos sœurs de Clairefontaine, comme corollaire d’une situation difficile au sein de leur communauté.  Or, ce même mercredi matin, à peu près à la même heure, le pape François, lors de sa catéchèse hebdomadaire à Rome, présentait Abraham comme notre père dans l’Espérance.

 

          Nous sommes habitués à considérer Abraham comme notre père dans la foi, mais, se basant sur un passage du chapitre 4 de la Lettre de Paul aux Romains, qu’il commentait, il nous présente Abraham comme notre père dans l’Espérance.  Voici un passage de cette catéchèse :

 

« Dès lors, Paul nous aide à comprendre le lien très étroit entre la foi et l’espérance.  En effet, il affirme qu’Abraham ‘espérant contre toute espérance, crut’ (Rm 4, 18).  Notre espérance ne tient pas sur des raisonnements, des prévisions et des assurances humaines là où il n’y a plus d’espérance, où il n’y a plus rien en quoi espérer, précisément comme ce fut le cas d’Abraham, face à sa mort imminente et à la stérilité de sa femme Sara.  La fin s’approchait pour eux, ils ne pouvaient pas avoir d’enfants, et dans cette situation, Abraham crut et a eu de l’espérance contre toute espérance.  Et cela est grand !  La grande espérance s’enracine dans la foi, et précisément pour cela elle est capable d’aller au-delà de toute espérance. »

 

          Il nous arrive d’avoir à vivre, en tant qu’individus, ou en tant que communautés, ou même en tant qu’Église, des situations qui semblent, d’un point de vue humain, sans issue ou sans avenir – qui semblent nous orienter vers la mort.  Et l’espérance nous assure que d’une façon qu’il ne nous est pas encore possible de voir ou de comprendre, elles engendreront une vie nouvelle.

 

          Quel est le prix à payer, dans de telles circonstances, pour continuer à espérer, pour continuer à croire que Dieu nous aime et qu’il sera fidèle à son alliance avec nous ?  Il y a un seul prix à payer, répond François, c’est d’ « ouvrir notre cœur ». « Ouvrez vos cœurs, dit-il, et cette force de Dieu vous portera de l’avant, fera des choses miraculeuses et vous enseignera ce qu’est l’espérance.  Le seul prix est celui-ci : ouvrir notre cœur à la foi et il fera le reste. ».

 

          Demandons cette grâce pour nos sœurs de Clairefontaine.  Demandons-la aussi pour nous et pour tous les individus et toutes les communautés qui ont parfois à vivre des circonstances qui semblent conduire à la mort mais d’où peut toujours jaillir une vie nouvelle. L’Évangile de la résurrection de Lazare que nous entendons dans la liturgie de ce 5ème dimanche de Carême, avec la très belle confession de foi de Marthe devrait nourrir en nous cette espérance.

 

          Ce que nous vivons au sein de l’Église et de nos communautés n’est pas sans relation avec ce qui se vit au sein de la société dont nous faisons partie.  Il y a peut-être quelque chose de symbolique -- et donc plus qu’une coïncidence -- dans le fait que ce 29 mars, où la décision de Rome était transmise à nos sœurs, et où le pape faisait sur la Place Saint-Pierre ces réflexions sur Abraham notre Père dans l’Espérance, était aussi le jour où était lancé officiellement le Brexit (ou la séparation du Royaume Uni de l’Union Européenne).  Et bien d’autres aspects de la politique de plusieurs pays de l’Occident et d’ailleurs ont grandement besoin que nous y mettions une note d’espérance ! Faisons-le d’une façon contagieuse.

 

Armand VEILLEUX

 


 

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