29 janvier 2017

Chapitre à la communauté de Scourmont

 

 

Vivre en vérité à l’ère de la post-vérité

 

          Récemment, alors qu’on accusait un de ses collègues de mentir, Kellyanne Conway, la porte-parole du président Trump, expliquait qu’il ne mentait pas, mais présentait des « faits alternatifs ». Cette expression (alternative facts) a évidemment fait la une des journaux et a fait l’objet soit de remarques humoristiques soit de réflexions plus profondes sur le contexte social actuel. Une autre expression – un autre néologisme – s’était déjà imposée ces dernières années, celle de « post-vérité » (tout comme on parlait dans le passé de post-renaissance ou de post-modernité). Le grand dictionnaire anglais Oxford, qui publie chaque année le « mot de l’année », a d’ailleurs choisi comme mot de l’année pour 2016 l’expression post-truth.

 

          La post-vérité consiste à remplacer les faits objectifs par des récits dont le but est d’influencer l’opinion publique et de créer dans celle-ci une réaction émotive qui devient rapidement imperméable aux faits, même lorsque ceux-ci sont établis ou rétablis.

 

          Ces expressions : la « post-vérité » et les « faits alternatifs » ont été popularisées à la suite de la campagne pour le Brexit au Royaume Uni et la campagne américaine de Monsieur Trump.  Mais la réalité n’est pas nouvelle.  Les prophètes de l’Ancien Testament en parlaient déjà :

 

« … la vérité a trébuché sur la place

et la droiture ne peut y avoir accès ;

la vérité a été portée manquante,

et qui se détourne du mal se fait piller » (Is. 59, 14)

 

« Dis-leur donc : Voilà la nation qui n’écoute pas la voix du Seigneur son Dieu, qui n’accepte pas la leçon : la vérité a péri, elle est bannie de leur bouche ». (Jérémie 7, 28)

 

          Cette situation doit préoccuper ceux qui se veulent les disciples de Celui qui a dit : « Je suis la Vérité », et qui veut des disciples qui le servent « en vérité ».

 

          Les béatitudes que l’Évangile d’aujourd’hui nous rappellent, nous donnent un plan de route, un GPS spirituel, selon la formule du pape François, pour trouver le vrai bonheur.  Chaque fois que nous ne vivons pas selon ces béatitudes nous nous éloignons de la Vérité.

 

          Quels sont les défis que nous pose cette situation actuelle de « post-vérité » ? C’est évidemment d’abord le défi de vivre en vérité dans notre relation avec Dieu, mais aussi de vivre en vérité dans nos relations fraternelles.  On parle beaucoup de transparence, de nos jours.  On en parle tellement que l’expression est devenue un peu galvaudée. Mais l’expression est belle.  Il s’agit d’accepter la vulnérabilité qui est la conséquence de vivre sans masques, de nous montrer tels que nous sommes, y compris avec nos limites, nos besoins et nos faiblesses.

 

          Ceux qui ont l’expérience de faire des Visites Régulières savent que lorsque des tensions se sont établis dans une communauté, c’est en général que la vérité a été la première victime. Lorsqu’une atmosphère de mensonge ou de demi-vérités s’établit quelque part, toutes les relations humaines se détériorent rapidement.  À l’opposé, lorsqu’on constate une belle atmosphère de communion fraternelle dans une communauté, c’est que tous y vivent dans la vérité.

 

          Reconnaissons donc dans le contexte social actuel, aussi bien que dans l’Évangile d’aujourd’hui l’appel du Seigneur à vivre « en Esprit et en Vérité ».

 

 

Armand Veilleux

 


 

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