3 avril 2016 – Abbaye de Scourmont

 

 

Le Ressuscité est le Crucifié

 

          L’Évangile de ce deuxième dimanche du temps pascal, que nous avons déjà entendu hier soir, aux premières Vêpres du dimanche, puis de nouveau aux Vigiles et que nous entendrons à la Messe nous raconte la première apparition de Jésus à ses disciples ainsi que l’incrédulité de Thomas et son acte de foi. Dans ce chapitre j’aimerais réfléchir sur une autre leçon de cet épisode évangélique.  C’est que le « Ressuscité » est le « Crucifié ». Lorsque Jésus, après sa mort, se manifeste vivant à ses disciples, il se manifeste avec les marques de sa crucifixion : les trous dans ses mains et ses pieds et la marque de la lance dans son côté.

 

          Il y a là tout d’abord un enseignement sur le mystère pascal qui n’est pas simplement le rappel d’une victoire triomphale sur la mort, mais bien le mystère intégral et indivisible de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus. Cela permet aussi de parler d’une façon compréhensible de la résurrection aux millions d’êtres humains qui sont chaque jour crucifiés de mille et une façons par toutes sortes de maux et d’injustices sociales.

 

           Dès les premières pages des Actes des Apôtres, la résurrection apparaît comme un acte de justice de Dieu face à l’injustice des hommes. Ainsi, dans son grand discours au peuple, au nom des Onze, Pierre dit : « Vous, par la main des païens, vous l’avez tué sur une croix.  Dieu l’a ressuscité ». (Actes 2,24 ; voir aussi 3,13-15 ; 4,10 ; 5,30 ; 10,39 ; 13,28ss).

 

          Ce qu’il y a d’important dans ce message, ce n’est pas simplement le fait que Dieu a manifesté sa puissance en ressuscitant Jésus, mais bien que celui qui a été ressuscité était le saint, le juste, qui avait été mis à mort injustement.  C’est le triomphe de la justice divine. Ainsi, dans le discours d’Étienne : « C’est vous, qui l’avez tué… » Cette accusation revient souvent dans les Actes. Mais elle est toujours suivie par « Dieu l’a ressuscité ».

 

          On peut y trouver une source d’espérance pour toutes les victimes humaines – tous les crucifiés -- de tous les temps, y compris ceux d’aujourd’hui. On peut penser aux victimes de la violence aveugle comme celles des attentats récents contre l’aéroport de Zaventem ; mais aussi on peut penser à tous les réfugiés, en particulier ceux du Moyen Orient qui fuient des guerres en grande partie générées par l’Occident et qui font actuellement l’objet d’un marchandage inique entre la Turquie et la Communauté Européenne. Tous ces crucifiés d’aujourd’hui, comme ceux de tous les temps, attendent d’être sauvés. Ils peuvent fonder leur espérance sur le fait que Dieu est du côté des opprimés, des crucifiés.

 

          Dans tous ces textes des Actes des Apôtres, on retrouve constamment l’idée que Jésus est le Premier né d’entre les morts, qu’il institue une humanité nouvelle, où justice est faite à tous, où il n’y a plus de « laissés pour compte ».

 

          C’est pourquoi l’Église, dans son annonce du mystère pascal, ne peut se contenter de proclamer la gloire du Dieu tout puissant. Elle ne peut jamais oublier le « Crucifié ».  Et le « Crucifié » est toujours présent parmi nous, en particulier en toutes les victimes de l’injustice, et tout spécialement les victimes des injustices sociales systémiques.

 

          Cette préoccupation revient sans cesse dans les discours du pape François, en particulier en cette année de la Miséricorde (et ce deuxième dimanche de Pâques est traditionnellement appelé le dimanche de la Miséricorde). Par « miséricorde » on n’entend pas simplement le pardon des péchés ; mais aussi le fait de rendre justice à toutes les victimes de l’injustice. Dieu est le grand « justicier » ; non pas tellement parce qu’il serait sans cesse celui qui punit ceux qui commettent l’injustice, mais tout d’abord, parce qu’il redonne vie à ceux dont la vie a été bafouée par l’injustice des hommes.

 

          En ce jour où Jésus dans l’Évangile se manifeste comme le Ressuscité identifié au Crucifié, prions tout spécialement pour tous les « crucifiés » de notre temps, qui sont ses « privilégiés ».

 

 

Armand Veilleux

 

 


 

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