Le 13 novembre 2016

Chapitre de Scourmont

 

 

Dévelppement humain intégral  

 

 

          Dans notre calendrier liturgique, le 13 novembre est la fête de tous les saints qui ont milité sous la Règle de saint Benoît. Cette année, nous ne célébrons pas cette fête, puisqu’elle tombe un dimanche. Cela ne nous empêche pas, dans notre prière personnelle, de rester en communion avec toute la grande famille monastique et toute la tradition dont nous sommes les héritiers. Pour demeurer chrétienne, notre vie monastique ne doit jamais être refermée sur elle-même. Nous devons rester en communion non seulement avec la vie de tout l’Ordre cistercien auquel nous appartenons, mais aussi avec toute la tradition monastique, de ses débuts jusqu`à nos jours. 

 

          Évidemment notre prière, personnelle et communautaire, doit aussi rester sans cesse en communion avec toutes les intentions du peuple de Dieu.  C’est pourquoi, dans mes chapitres du dimanche, je reviens souvent sur des gestes ou des paroles du pape François, qui nous aident à rester en communion non seulement avec toute l’Église, mais aussi avec les besoins et les aspirations de toute l’humanité.

 

          Récemment François recevait à Rome les représentants de la Troisième Rencontre des Mouvements populaires du monde entier. L’an dernier il s’était adressé aux participants de la Deuxième Rencontre, qui avait eu lieu en Bolivie. Le thème de cette année se résumait en trois « T » : Terre, Toit et Travail pour tous. Le pape dit qu’il fait sien ce cri, et il appelle à un développement humain intégral pour tous. Je vois dans cet appel au développement humain intégral une confirmation de l’approche que notre abbaye a prise en établissant il y a vingt ans la Fondation Chimay-Wartoise pour poursuivre d’une façon plus professionnelle et structurée l’activité qu’elle avait toujours eue, depuis 150 ans, en faveur du développement humain intégral de notre région.

 

          Le pape oppose ce projet, qu’il appelle un « projet-pont » à ce qu’il décrit comme un « projet-mur », celui de l’argent. En effet, dans son discours il développe trois thèmes. Le premier s’intitule « La terreur et les murs ». Dans cette partie il affirme que toutes les formes de terrorisme que nous connaissons aujourd’hui (que ce soit le narco-terrorisme, le terrorisme d’état ou le terrorisme ethnique ou encore religieux) ne sont que des formes dérivées d’un « terrorisme fondamental » qui alimente tous les autres. Il cite ce qu’il avait dit dans sa conférence de presse durant le vol de retour de son voyage en Pologne, le 31 juillet dernier : « le terrorisme commence lorsqu’on met de côté la merveille de la création, l’homme et la femme, pour y substituer l’argent ». Ce système, dit-il, est « terroriste ». Et il cite des paroles de Pie XI qui disait pratiquement la même chose dans Quadragesimo Anno, en 1931 et Paul VI de même, en 1971.

 

          François redit alors ce qu’il avait dit à la Rencontre de l’An dernier des mêmes groupes : Tous les murs finissent par tomber. Ce qui importe, ce n’est pas de construire des murs mais de bâtir des ponts.  Il fait sienne les paroles de l’archevêque Jeronimos de Grèce, lors de son voyage sur l’île de Lesbos, en avril dernier, qui voyait dans le drame des réfugiés une « banqueroute de l’humanité ». Il appelle les mouvements populaires à réinventer la démocratie, car les diverses formes de démocratie que nous connaissons de nos jours sont toutes malades. (Et il faut noter que ce discours fut prononcé quelques jours avant, et non après, les élections américaines). Il cite des paroles de Paul VI, pour qui la Politique (avec un grand « P ») est un devoir pour tous les chrétiens ; car tous sont appelés à être au service de tous.

 

          Il met en garde contre la corruption, utilisant une notion très large de celle-ci.  Il y a, dit-il, une corruption de la politique, des entreprises, des médias de communication ; mais il y a aussi de la corruption dans les églises et les organisations sociales. Nous y sommes tous exposés. Chaque fois que nous détournons pour notre satisfaction personnelle quelque chose qui appartient à toute la communauté, il y a une forme de « corruption » dont mettaient déjà en garde les Pères du Désert. (Cf. le Livre d’Horsièse).

 

          Ce message du pape François aux Mouvements Populaires s’adresse aussi à nous. D’une part il nous permet de communier, dans notre prière, à tous les besoins de l’humanité d’aujourd’hui.  D’autre part, il est une lumière pour l’action que notre communauté doit continuer à mener pour le développement humain intégral des populations qui nous entourent.

 

          Et surtout, l’appel à construire des ponts plutôt que des murs vaut pour tous, à tous les niveaux et dans tous les domaines.

 

Armand Veilleux

 

 


 

www.scourmont.be