12 avril 2015 – Dimanche de la Miséricorde

Abbaye de Scourmont

 

 

Année jubilaire de la miséricorde

 

          Le Vatican avait déjà annoncé il y a quelques temps que le Pape François proclamerait une année jubilaire sur le thème de la miséricorde.  Le site Internet du Vatican a publié hier la « Bulle d’indiction » de ce « Jubilé extraordinaire de la miséricorde ». Il s’agit d’une Lettre Apostolique de 17 pages signée le 11 avril « veille du 2ème Dimanche de Pâques ou de la Miséricorde du Seigneur 2015 ». Je voudrais vous indiquer simplement les grandes lignes de ce beau texte, que j’ai pu lire ce matin entre les Vigiles et les Laudes. La première phrase donne bien le ton : « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père ». La pensée de François s’enracine toujours dans la personne du Christ. Il vaut la peine de lire de premier paragraphe :

 

Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. Devenue vivante et visible, elle atteint son sommet en Jésus de Nazareth. Le Père, «riche en miséricorde» (Ep 2, 4) après avoir révélé son nom à Moïse comme «Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité» (Ex 34, 6) n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine de différentes manières et en de nombreux moments. Lorsqu’est venue la «plénitude des temps» (Ga 4, 4), quand tout fut disposé selon son dessein de salut, il envoya son Fils né de la Vierge Marie pour nous révéler de façon définitive son amour. Qui le voit a vu le Père (cf. Jn 14, 9). A travers sa parole, ses gestes, et toute sa personne, Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu.

 

          Le nº 2 parle de notre besoin de contempler ce mystère de la miséricorde, et, dans le nº 3, François dit qu’il a voulu ce Jubilé de la miséricorde « afin que le témoignage rendu par les croyants soit plus fort et plus efficace ». Cette année jubilaire commencera le 8 décembre 2015, solennité de l’Immaculée Conception et se terminera le 20 novembre 2016, en la solennité du Christ, Roi de l’Univers.

 

          François insiste (nº 4) que l’ouverture de cette année jubilaire coïncidera avec le cinquantième anniversaire de la clôture de Vatican II. Il est pour lui essentiel de « garder vivant cet événement » qui était le début d’une nouvelle étape de l’histoire de l’Église.  Il cite les paroles de Jean XXIII à l’ouverture de Concile, disant que l’Église préférait « recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité... » et aussi celles de Paul VI lors de la clôture du Concile.  François ne manque pas une occasion de dire qu’il embrasse sans aucune réticence Vatican II, et même avec gratitude, car il y voit une grâce faite à l’Église. Mais il ne veut pas que cette année jubilaire soit simplement un regard sur le passé. Il veut que l’Église soit ouverte à « une histoire féconde à construire » citant une phrase de Jean-Paul II lors de l’ouverture de l’année jubilaire de l’an 2000, phrase qu’il avait déjà citée dans la lettre proclamant l’année de la Vie Consacrée.

 

          François consacre ensuite plusieurs paragraphes aux manifestations de la miséricorde dans l’Ancien Testament, en particulier dans les psaumes, puis dans les paraboles du Nouveau Testament et dans la vie du Christ. Il mentionne la vocation de Matthieu que Jésus regarde avec amour, l’appelant à le suivre – une scène décrite par Bède le Vénérable dans l’expression lapidaire miserando atque eligendo. François dit que cette expression l’a toujours touché au point qu’il en a fait sa devise.

 

          À partir du nº 10 François parle de la miséricorde qui doit être « le pilier qui soutient la vie de l’Église ». Dans l’action pastorale de l’Église, dit-il, « tout devrait être enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux croyants ».  Et il ajoute que « la crédibilité de l’Église passe par le chemin de l’amour miséricordieux et de la compassion ». On ne peut s’empêcher que ce message est envoyé par François tout spécialement au Synode sur la famille qui se tiendra durant cette année jubilaire.

 

          Il fait ensuite allusion à la deuxième encyclique du pontificat de Jean-Paul II, elle aussi consacrée à la miséricorde : Dives in misericordia.

 

          Un bref passage (nº 12) inscrit ce message dans le contexte de la nouvelle évangélisation, répétant encore une fois, qu’il en va de la crédibilité de l’Église et de son annonce. Il nous appelle à faire de la miséricorde « notre style de vie ».

 

          Un long et très important passage parle de la nécessité de porter l’amour miséricordieux à toutes les périphéries existentielles, celles en particulier des victimes de notre monde moderne : victimes des guerres, de la pauvreté, de l’oppression, etc. Encore une fois, le chapitre 25 de Matthieu. François nous appelle à redécouvrir les oeuvres de miséricorde corporelles : donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, etc.

 

          François nous invite ensuite à vive dans cet esprit le prochain carême. On y trouve aussi un passage sur le sacrement de pardon ou sacrement de la miséricorde. Il y invite les confesseurs à être de véritables signes de la miséricorde : « Nul d’entre nous n’est maître du sacrement, mais un serviteur fidèle du pardon de Dieu. » Il parle aussi de son projet d’envoyer partout des « Missionnaires de la miséricorde » invitant ses frères évêques à les bien recevoir.

 

          Le nº 19, le seul passage « sévère » de ce document, appelle à la conversion ceux qui font partie d’une organisation criminelle et ceux qui pratiquent ou sont complices de la corruption, parce que ces personnes engendrent la misère des petits et des faibles. Il appelle aussi à la pratique de la justice, sans laquelle la miséricorde et le pardon n’ont pas de sens. Un bref passage sur l’indulgence était inévitable. Mais François utilise toujours le mot au singulier, attentif à ne pas parler des « indulgences », centrant son message sur l’indulgence du Père à notre égard, dont l’Église à la servante.

 

          La dimension œcuménique et interreligieuse est signalée (nº 23), étant donné qu’aussi bien le Judaïsme que l’Islam considèrent la miséricorde comme un des attributs les plus significatifs de Dieu.

 

          Après un passage su Marie, mère de miséricorde, François nous invite à « nous laisser surprendre par Dieu durant toute cette année.

 

 

Armand Veilleux

 

 


 

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