Chapitre du 20 décembre 2015

Abbaye de Scourmont

 

 

Mondragón

 

 

          Le Vatican a annoncé la semaine dernière la reconnaissance d’un miracle attribué à Mère Teresa de Calcutta et donc sa canonisation probable au cours de l’an 2016. La date précise n’est pas encore connue

 

          Le pape a approuvé en même temps plusieurs autres décrets de la Congrégation pour les Causes des Saints. L’un d’entre eux concerne la reconnaissance des vertus héroïque d’un Serviteur de Dieu basque du nom de José Maria Arizmendiarretta, qui vous est très probablement un inconnu.  Il fut l’initiateur du mouvement coopératif Mondragón, dans le pays basque espagnol. Et ce nom (Mondragón) est peut-être moins inconnu au moins aux plus anciens de Scourmont, puisque ce mouvement coopératif servit d’inspiration à Père Robert Pourtoit dans ses efforts, comme cellérier de Scourmont, de rebâtir l’économie de la région de Chimay après la Deuxième Guerre Mondiale.

 

          José Maria Arizmendiarretta est né il y a exactement un siècle (1915) dans la province de Biscaye, dans le pays basque espagnol. Dès l’époque où il était séminariste, il s’impliqua personnellement dans le mouvement nationaliste basque et collabora à deux revues, dont l’une était consacrée à la défense de la langue basque et l’autre, baptisée Eguna, n’était autre que l’organe du parti nationaliste basque. Au début de la guerre civile espagnole il prit parti pour les républicains contre Franco. Arrêté en 1937, alors qu’il était encore séminariste, son jeune âge l’empêcha d’être exécuté comme le furent de nombreux curés basques mis à mort par les franquistes.  L’évêque de Bilbao le prit sous sa protection et l’envoya en 1941 comme vicaire dans une ville largement détruite par la guerre, du nom de Mondragón et le nomma aumônier de l’Action Catholique à peine fondée par Joseph Cardijn, Il mit tout de suite ses efforts au service de la reconstruction de la ville. En même temps il poursuivait sa formation personnelle en lisant des écrit d’Emmanuel Mounier et de Jacques Leclercq.

 

          Nommé curé deux ans plus tard, en 1943, il fonda, la même année, une école professionnelle pour y dispenser des enseignements techniques et les principes de la doctrine sociale chrétienne, dans la ligne de Rerum Novarum et Quadagesimo Anno. En 1947, il envoya 11 jeunes formés à son école poursuivre des études d’ingénieurs industriels à Zargoza.

 

          Quelques années plus tard, cinq jeunes ingénieurs, frais émoulus de l’école polytechnique fondée par Arizmendiarretta reprennent une petite entreprise de chauffage qui devient la première coopérative de la ville. Au cours des années suivantes nait une coopérative de consommateurs, puis une caisse populaire du travail, puis un régime de sécurité sociale. Ce mouvement coopératif se répandit par la suite non seulement à travers toute l’Espagne mais ailleurs dans le monde. Aujourd’hui il regroupe 75,000 travailleurs dans 260 entreprises à travers le monde. C’est le fondateur de ce mouvement, que les franquistes appelaient le « curé rouge » qui vient de franchir une autre étape dans la voie de la canonisation.

 

          Au moment où ce développait ce mouvement, à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les moines de Scourmont, chassés de leur monastère à trois reprises, revenaient à Scourmont, qui avait été occupé par les soldats allemands, et trouvaient que non seulement l’économie de l’abbaye mais aussi celle de toute la région était à reconstruire. Je ne sais trop comment père Robert connut l’expérience de Mondragón, mais ceux qui ont travaillé avec lui témoignent qu’il s’en inspira largement dans ses efforts pour développer l’économie de la région de Chimay et des environs.  Ce fut moins à travers un système de coopératives qu’à Mondragón ; mais la communauté de Scourmont et Père Robert en particulier, furent toujours soucieux de favoriser, d’encourager et au besoin de supporter le regroupement des agriculteurs de la région en une coopérative laitière.  C’est d’ailleurs essentiellement pour supporter cette coopérative que notre fromagerie fut créée et est maintenue jusqu’à ce jour.  Même si les autres sociétés développées alors par l’abbaye et regroupées maintenant sous la coupole de la Fondation d’intérêt public Chimay Wartoise, ne furent pas et ne sont pas, pour la plupart, des coopératives, elles furent développées exactement dans le même esprit.

 

          Tout comme l’abbé José María Arizmendiarretta demeura un saint homme de vertu et de prière à travers toute son activité socioéconomique, de même notre père Robert Pourtoit demeura un homme spirituel à travers tout son travail de cellérier et  d’organisation matérielle.  Je me souviens à quel point, durant me premières années à Scourmont, alors que Père Robert arrivait à la fin de sa vie, j’étais impressionné, lorsque j’allais le voir à l’infirmerie, par le fait qu’il ne me parlait pas de toutes ses réalisations matérielles, mais me parlait du Cardinal Newman ou de Simone Weil.  Il était un véritable spécialiste de l’un et de l’autre.

 

          Toute la synergie de l’abbaye de Scourmont avec son environnement socioéconomique, qu’elle doit en grand partie aux intuitions de génie de Père Robert et de Père Théodore (qui développa la brasserie après la Guerre, pour donner de l’emploi et générer des revenus pour la reconstruction de la région),  -- toute cette synergie s’inscrit parfaitement dans la ligne des appels constants du pape François d’aller vers toutes les périphéries existentielles.

 

          Nous aurons sans doute l’occasion d’en reparler, puisque nous célébrerons en 2016, le 20ième anniversaire de la Fondation Chimay-Wartoise.

 

 

Armand VEILLEUX

 

 


 

www.scourmont.be