25 novembre 2015

Chapitre de Scourmont

 

 

Église comme famille

 

          Dans mon chapitre de dimanche dernier, dans le contexte du Synode des Évêques réuni à Rome autour du thème de la famille, je parlais de la « synodalité » comme d’une dimension importante de la vie de l’Église, qui a aussi son importance dans notre vie monastique.  Je soulignais aussi comment dès l’époque de Vatican II, la Constitution dogmatique sur l’Église, Lumen gentium, parlait non seulement de la collégialité comme un mode de gouvernement, mais comme d’un affectus, d’un « sentiment collégial ». 

 

          Au moment où je préparais ce chapitre de dimanche dernier et au moment où je le donnais, j’ignorais que le Pape François avait prononcé un discours extrêmement important, la veille au soir, à l’occasion du 50ème anniversaire de l’institution du Synode.  Dans ce discours, que les évêques et commentateurs présents ont qualifiés d’historique,

 

          Il y disait : « Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir même dans ses contradictions, exige de l’Eglise le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission. Le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l’Eglise du troisième millénaire ».

 

          L’élément le plus important dans ce discours était la façon dont le Pape élargissait la notion de synodalité pour y impliquer l’ensemble du peuple de Dieu, aussi bien les laïcs que les évêques et le pape. Ces derniers ne peuvent remplir leur mission que parce qu’ils sont d’abord des baptisés, des membres du peuple de Dieu (des membres du laos, dont des laïcs !), ayant une mission au sein du peuple et non au-dessus du peuple.  Il parle d’une « conversion de la papauté ».  Il revient sur la notion de peuple de Dieu, qui lui est chère. Il rappelle ce qu’il avait dit dans Evangelii Gaudium :  « le Peuple de Dieu est saint à cause de cette onction (de l’Esprit) qui le rend infaillible ‘in credendo ».

 

          Je trouve intéressante cette affirmation qu’il faut mettre en relation avec la déclaration de Vatican I sur l’infaillibilité pontificale qui ne parle pas d’une infaillibilité personnelle mais qui dit que le Pape, lorsqu’il parle ex cathedra (dans des circonstances bien précises) « exerce l’infaillibilité que le Christ a donnée à son Église ». C’est l’Église, le Peuple de Dieu qui est infaillible dans la foi ; et le pape exerce cette infaillibilité en certaines circonstances.

 

          Mais il y a un autre discours de François qui est aussi important, et auquel Dom Lode d’Orval a attiré mon attention (dans son Chapitre à sa communauté du dimanche 11 octobre).  C’est la catéchèse que François a donnée lors de son audience habituelle du mercredi, le 7 octobre, où il parlait de l’Église comme d’une famille. Cette catéchèse est intéressante parce qu’au moment où se déroulait le Synode sur la famille, le pape ne s’est pas attardé à parler de nouveau des questions disputées, mais il parla plutôt d’un « esprit familial » qui doit être, selon ses propres termes, « la charte constitutionnelle de l’Église ». Voici un paragraphe de cette belle catéchèse.

 

« L’Église distingue aujourd’hui dans ce point précis le sens historique de sa mission à l’égard de la famille et d’un authentique esprit de famille : en commençant par une révision attentive de vie qui la concerne elle-même. On pourrait dire que l’« esprit familial » est la charte constitutionnelle de l’Église : c’est ainsi que doit apparaître le christianisme, et c’est ainsi qu’il doit être. C’est écrit clairement : « Vous qui autrefois étiez loin, dit saint Paul, […] vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu » (Ép 2,19). L’Église est et doit être la famille de Dieu. »

 

          S’il y a tant de tensions et de guerres, de nos jours, selon le Pape, c’est que c’est « esprit familial » manque dans la gestion des affaires humaines Il termine son discours en disant :

 

Notre regard s’élargit aussi à l’humanité. Une Église synodale est comme un étendard levé parmi les nations (cf. Is 11, 12) d’une façon qui – même en invoquant la participation, la solidarité et la transparence dans l’administration des affaires publiques – remet souvent le destin de populations entières entre les mains avides de groupes restreints de pouvoir. Comme l’Église qui “marche au milieu” des hommes, participe aux tourments de l’histoire, cultivons le rêve que la redécouverte de la dignité inviolable des peuples et de la fonction du service de l’autorité puissent aider aussi la société civile à se construire dans la justice et dans la fraternité, générant un monde plus beau et plus digne de l’homme pour les générations qui viendront après nous.

 

          Il va sans dire que cet « esprit familial » qui, selon François, doit animer toute la vie de la société et de l’Église doit aussi être l’esprit qui anime une communauté monastique comme la nôtre.  Ce pourrait être l’objet d’une prochaine réflexion : dans quel sens notre communauté est-elle une « famille » et comment peut-elle le devenir davantage ?

 

          Le Synode se terminera par la Messe solennelle qui sera célébrée ce matin à 10h00 à Saint-Pierre de Rome. Le pape François l’a conclu hier soir par un bref discours, dont l’accent principal et final est celui de la miséricorde, nous orientant déjà vers l’Année Sainte dont le thème sera précisément la miséricorde. 

 

          La miséricorde est une chose nécessaire en toute vie familiale.  C’est une dimension essentielle de l’esprit familial. Puissions-nous, au cours de l’Année Sainte qui commencera le 8 décembre, en faire une dimension de notre vie communautaire.

 

Armand Veilleux

 

 

 


 

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