9 février 2014 – Chapitre

Abbaye de Scourmont

 

 

L’aumônier des moniales (Const. 76)

 

 

          Nous avons parlé du système de filiation entre les monastères notre Ordre, puis du rôle du Père Immédiat, c’est-à-dire du rôle de l’abbé de la maison-mère à l’égard des maisons-filles, et en particulier de la Visite Régulière.  Une dernière constitution de cette section concerne le rôle de l’aumônier des moniales.  En effet l’une des responsabilités du Père Immédiat à l’égard des communautés de moniales est de voir à ce qu’elles aient un aumônier.

 

          La Cst. 76, aussi bien des Constitutions des moines que de celles des moniales ne dit pas grand-chose à ce sujet, ne faisant guère plus que de répéter ce qui est dit à ce sujet dans le Code de Droit Canon.

 

          Le Père Immédiat doit présenter à l’Ordinaire du lieu (c’est-à-dire à l’évêque du diocèse où se trouve le monastère des moniales) « un moine de l’Ordre ayant la compétence liturgique et pastorale requise pour être aumônier et confesseur ordinaire ». C’est donc, à strictement parler, toujours l’évêque du diocèse qui nomme l’aumônier et lui donne la juridiction nécessaire, en particulier la faculté d’entendre les confessions. Le rôle du Père Immédiat est de présenter cet aumônier à l’évêque. Dans la pratique, j’ai l’impression qu’il arrive que le Père Immédiat nomme simplement l’aumônier sans passer par l’évêque. Il faut alors supposer au moins un accord tacite de l’évêque ; sinon l’aumônier n’aurait pas les facultés canoniques nécessaires à l’exercice de son ministère.

 

          Nos Constitutions prévoient encore que l’aumônier sera un moine de l’Ordre.  Dans la pratique, les aumôniers sont devenus une espèce rare ; et il n’est pas rare de faire appel à un prêtre séculier – assez souvent un prêtre à la retraite.  La Constitution demande que l’abbesse et les moniales soient d’abord consultées avant cette nomination. Et un statut (ST 76.1.A) prévoie que cette consultation soit faite périodiquement. Cela se fait généralement durant la Visite Régulière. C’est d’ailleurs prévu dans le Statut sur la Visite Régulière. Il n’y a pas de durée déterminée par le droit pour la fonction d’aumônier. Certains Pères Immédiats les nomment pour trois ans renouvelables, ou six ans renouvelables. Dans beaucoup de cas ils sont nommés pour un temps indéterminé.

 

          Quelle est la fonction de l’aumônier ? Elle est décrite dans le droit canon et dans nos Constitutions d’une façon très succincte. Il est dit simplement : « Il collabore avec l’abbesse et la communauté quant à la célébration de la liturgie. Il ne s’immisce d’aucune façon dans le gouvernement de la communauté. » Son rôle proprement dit est donc essentiellement liturgique et sacramentel.  Selon ses capacités personnelles on peut lui demander d’autres services. On peut lui demander de donner des conférences spirituelles ou des cours de théologies ou de philosophies. S’il est compétent dans le chant on peut lui demander de donner des classes de chant ou d’aider à la préparation des Offices. Dans certains cas il s’implique dans des travaux manuels. 

          La relation entre la direction spirituelle et la confession sacramentelle est une question délicate, qui est résolue différemment selon les époques et les cultures.  Il fut un temps où les deux fonctions étaient indissociables, le confesseur étant automatiquement le directeur spirituel.  De nos jours, ces deux choses sont le plus souvent distinguées et séparées.  En certains monastères l’aumônier peut être aussi le directeur spirituel d’à peu près toutes les soeurs.  En d’autres monastères, il est clair qu’il se limite à la confession sacramentelle et que l’accompagnement des soeurs dans leur cheminement monastique et spirituel est fait par l’abbesse et d’autres moniales. Valent évidemment toutes les normes canoniques sur la séparation entre le for interne et le for externe.  C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est dit à l’aumônier qu’il ne doit aucunement s’immiscer dans le gouvernement de la communauté.

 

          Il y avait autrefois un « Règlement pour les aumôniers » dans notre Ordre, rédigé au Chapitre Général de 1953, donc bien avant le Concile et la réforme postconciliaire. Il prévoyait une situation qu’on ne connaît plus à peu près nulle part. Il y avait en général un aumônier et un second aumônier. Il y avait aussi avec eux un ou deux frères convers. Ils formaient en quelque sorte une petite communauté dont le premier aumônier était en quelque sorte le supérieur.  Le second aumônier et les frères convers pouvaient entrer en clôture pour des travaux ; mais pas le premier aumônier dont les contacts avec la communauté étaient strictement limités au service liturgique et sacramentel.

 

          Lors de la réunion des Commissions Centrales à Orval en 1995 la nécessité de revoir ce Statut fut soulevée. Dans un premier temps on demanda aux Conférences Régionales d’étudier la question, en consultant en particulier des aumôniers en charge et d’anciens aumôniers. Aux Commissions Centrales suivantes, à Latroun, en 1998, il fut décidé de Constituer une Commission composée de deux abbesses, deux aumôniers, deux moniales et un Père Immédiat. Cette Commission, nommée par l’Abbé Général et son Conseil envoya un questionnaire à tout l’Ordre. Il fut finalement décidé de ne pas faire un nouveau Statut mais ce fut l’occasion d’approfondir l’ensemble des questions qui avaient fait poussées la CC de 1995 à soulever la question. Voici comment la question était introduite :

 

            La question de la rédaction d'un Statut des aumôniers n'est pas un problème théorique. Outre la difficulté, connue de tous, pour trouver des aumôniers pour chacune de nos communautés de moniales, il y a parfois aussi des incompréhensions quant à son statut ou son rôle dans la communauté qu'il sert (3 cas concrets se sont présentés dernièrement). Les Constitutions des moniales en parlent très succinctement (C. 76). Il y est parlé de sa collaboration avec l'abbesse et la communauté quant à la célébration de la liturgie (C. 76.2). Quelle genre de collaboration? Sous quelle autorité se trouve l'aumônier, spécialement en ce qui concerne ses activités autres que l'aumônerie proprement dite, surtout si "son" abbé est autre que le Père Immédiat du monastère de moniales qu'il sert? Qui veille à l'authenticité de la vie monastique des aumôniers? Qui est responsable des besoins matériels de l'aumônier? Toutes ces questions devraient être étudiées, mais à quel niveau? au niveau de tout l'Ordre, des régions? entre l'abbesse et le Père Immédiat? (Compte rendu CC 1995, page 45)

 

          Comme je l’ai dit, il fut finalement décidé de ne pas rédiger un nouveau statut. Les échanges dans les Conférences régionales ont permis de mieux préciser les questions, et les solutions sont généralement trouvées dans la pratique par les personnes concernées, les situations étant extrêmement différentes d’une région à l’autre et d’une communauté à l’autre.

 

Armand VEILLEUX

 

 

 


 

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