Chapitre pour le 1 janvier 2008
Communauté de Scourmont


Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage

 

La célébration liturgique d'aujourd'hui est celle de Marie, Mère de Dieu. Mais c'est aussi aujourd'hui le début de l'année civile ; et il est de tradition de se présenter des voeux pour cette année qui commence.

Je suppose que la plupart d'entre nous avons connu dans nos familles respectives la tradition selon laquelle le père de famille bénissait toute sa famille le matin du 1er janvier.

Nous venons d'entendre, à Laudes, la bénédiction solennelle du Peuple utilisée par Aaron et ses descendants, et que nous aurons comme première lecture à la Messe d'aujourd'hui.

J'aimerais utiliser cette formule pour présenter à chacun d'entre vous mes voeux pour l'année qui commence.

Que le Seigneur te bénisse et te garde!
Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage,
qu'il se penche vers toi!
Que le Seigneur tourne vers toi son visage,
qu'il t'apporte la paix!


Vieille d'au moins deux mille quatre cents ans, cette formule est toujours aussi belle. Elle nous est rapportée par le Livre des Nombres, qui la situe au milieu d'une série d'instructions données par Moïse aux prêtres de la part de Dieu. Il leur indique ainsi comment bénir le peuple, qui se trouve encore au pied du Sinaï.

Ce que la bénédiction d'Aaron demande est très beau : " Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage ". Le souhait est que la personne sur qui est prononcée cette bénédiction soit enveloppée, éclairée, transformée par la lumière qui jaillit de la face de Dieu. Or, lorsque Moïse demande à Dieu de lui faire voir sa gloire il ne lui est permis de la voir que de dos, c'est-à-dire en " marchant à sa suite ", en se faisant son disciple.

C'est avant tout à travers son visage qu'une personne révèle non seulement ce qu'elle a dans le coeur, mais ce qu'elle est. C'est pourquoi tous les grands prophètes et les grands mystiques de l'Ancien Testament ont désiré voir la face de Dieu. De Moïse il est dit que Dieu lui parlait face à face comme à un ami. Le visage d'une personne peut éclater de joie, tout comme il peut être sombre, rempli de douleur ou de colère. C'est pourquoi l'homme qui désire voir la face de Dieu, a aussi peur de ne pas pouvoir supporter ce face à face.

La bénédiction d'Aaron demande aussi que le Seigneur se " penche " sur celui qui reçoit la bénédiction, comme un père se penche vers son enfant. Elle demande aussi que le Seigneur " tourne vers lui " son visage. Lorsqu'on est disciple, on suit le Seigneur. On lui voit les épaules et non le visage. Pour qu'on voit son visage, il faut que ce soit lui qui se tourne vers nous, dans un geste de sollicitude, de bonté et de tendresse.

Tous les biens que peut désirer l'être humain, et qui peuvent lui parvenir lorsque Dieu se penche vers lui comme un père sur son enfant et fait briller sur lui son visage, -- tous ces biens sont résumés en en seul mot la " paix ". Ce qui demeurera jusqu'à aujourd'hui pour les Juifs, comme d'ailleurs pour beaucoup d'autres peuples, la façon de se saluer : Shalom, Salam, Paz, etc...

La bénédiction d'Aaron sur le peuple demandait aussi la paix " Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix ". L'année 2007 s'est terminée dans les bruits de la guerre et de la violence en plusieurs parties du monde, en particulier au Congo, en Irak, au Darfour et maintenant au Kenya, au Pakistan (après l'assassinat de Benazir Bhutto, et ailleurs. Prions la Mère de Dieu et notre mère, de faire que ses enfants sachent découvrir et respecter le don de la paix en cette année 2008.

Et pour cela, demandons, les uns pour les autres, que la paix de Dieu habite en chacun de nos coeurs.

Il nous faudra bientôt préparer notre " Rapport de Maison " pour le prochain Chapitre Général de notre Ordre. Ce sera pour nous l'occasion de repasser en nos coeurs (comme faisait Marie) toutes les grâces reçues au cours de l'année écoulée et de nous demander comment nous y avons correspondu.

Armand VEILLEUX


 

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