4 novembre 2007 - 31ème dimanche ordinaire
Chapitre à la communauté de Scourmont


Il fait sa demeure chez les pécheurs

 

Il y a quelque temps l'une de mes nièces attirait mon attention sur la date du 21 décembre de l'an 2012 (donc, dans environ cinq ans). Il semble qu'il y a une littérature abondante et plusieurs sites internet concernant cette date, où il y aura un nouvel alignement exceptionnel des planètes, précédé d'éclipses et de toutes sortes de fléaux de la nature et qui marquera la fin d'un monde et le début d'une humanité nouvelle !... Et cela correspondrait à une prédiction du calendrier maya qui, paraît-il, ne s'est jamais trompé dans ses prédictions. Bien sûr, je n'ai jamais pris aucune des prédictions de ce genre au sérieux. Or, cela m'est revenu à l'esprit en lisant ce que Paul écrit aux Thessaloniciens dans la seconde lecture de la Messe de ce matin.

À l'époque de Paul, il semble que bien des premiers Chrétiens attendaient le retour du Christ - et sans doute la fin du monde - comme quelque chose d'imminent. Paul leur écrit... " au sujet de la venue de notre Seigneur Jésus.. si l'on nous attribue une révélation, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n'allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer " (2 Th 1,11-2,2).

En fait, le Seigneur vient sans cesse dans nos vies, comme dans le vie de Zachée (cf. l'Évangile d'aujourd'hui), et dans la vie du monde, pour y apporter le salut. Et nous sommes tous des candidats à son opération de sauvetage car, dit-il, " Le fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ".

Tout en laissant à l'homéliste du jour le soin de nous commenter ce beau récit de la rencontre de Jésus avec Zachée, j'aimerais montrer les lumières que nous apporte sur ce récit la comparaison avec un récit du Livre de Josué, dans l'Ancien Testament. Le parallèle entre les deux récits est tel, qu'il est presque certain qu'il a été voulu par Luc (y compris dans le choix des mots, si l'on consulte la traduction grecque des Septante). Il s'agit du texte de l'entrée de Josué et de son armée dans Jéricho (chapitre 6 du livre de Josué)

Il y a tout d'abord le parallèle entre Josué et Jésus. C'est le même nom en hébreu (Joshua). Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de l'entrée dans Jéricho. Et puis, il y a surtout le parallèle entre la prostituée Rahab et Zacchée. Ils sont la figure féminine et masculine de la personne marginalisée par la société. L'un et l'autre, de par leur profession, est considéré pécheur, marginal, excommunié. Rahab a donné asile aux émissaires hébreux qui étaient venus examiner la ville de Jéricho et Zacchée cherche à voir Jésus. Quand Josué entre dans la ville de Jéricho il dit aux deux émissaires d'aller chez Rahab (dont la maison se trouvait là-haut, sur les remparts) pour la faire sortir avec toute sa maisonnée. Et le récit se termine par : " Josué laissa la vie à Rahab, la prostituée, à sa famille (= sa maison) et à tout ce qui était à elle ; elle a habité au milieu du peuple d'Israël jusqu'à ce jour " (6,25). De même Jésus ordonne à Zacchée de descendre de l'arbre dans lequel il avait grimpé en lui disant " Je dois demeurer aujourd'hui dans ta maison (en grec : en to oikô sou - ce qui est beaucoup plus fort que " chez toi " comme traduit le lectionnaire français) et qui correspond au salut accordé à toute la " maison " de Rahab. Et quand Jésus dit de Zacchée que " lui aussi est un fils d'Abraham ", cette affirmation fait pendant au texte du Livre de Josué qui dit de Rabab, la païenne, qu'elle " habita désormais au milieu du peuple d'Israël ".

Contrairement à toutes les prédictions qui reviennent périodiquement dans l'imagination populaire (ce fut d'abord la crainte de l'an 1000, puis de l'an 2000, puis maintenant du 21 décembre 2012), le salut apporté par Jésus est toujours pour aujourd'hui. Luc, dans notre récit, répète le mot, comme une sorte de refrain. Jésus dit à Zacchée : " Aujourd'hui il faut j'aille demeurer dans ta maison... ", puis : " Aujourd'hui le salut est arrivé sur cette maison. " Remarquez bien l'expression : " Le salut est arrivé... " La salut n'est pas quelque chose que l'on produit ou que l'on se mérite, ou même qui nous est donné -- et encore moins quelque chose qui nous sera donné plus tard. C'est quelque chose qui " arrive ", qui " se produit " dans notre vie. Et il se produit dans la vie de ceux qui ont besoin d'être sauvés et qui le savent. D'ailleurs, lorsque le salut arrive, on peut réagir de diverses façons. Et l'Evangile nous donne divers exemples de la façon scandaleuse -- pour les Pharisiens - avec laquelle Jésus entre dans la vie de certaines personnes.

À Lévi (Matthieu), l'autre publicain, Jésus avait simplement dit : " Viens, suis-moi " (5, 30). Lévi avait alors tout quitté et l'avait suivi, non sans donner un grand festin à Jésus et à tous ses amis, pécheurs comme lui, dans sa maison (toujours la même expression). Les Pharisiens et les scribes avaient alors murmuré. Un peu plus tard, dans un contexte semblable (15, 1-2), alors que " les collecteurs d'impôts et les pécheurs s'approchaient de Jésus ", les Pharisiens et les scribes murmuraient " Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs... " Mais dans le récit d'aujourd'hui, le texte de Luc va plus loin : " Voyant cela tous récriminaient : il est allé loger chez un pécheur... " Tous ! Donc aussi les Disciples ? ....

Lévi avait tout quitté. Au jeune homme riche Jésus avait de même demandé de tout quitter et ce dernier en avait été incapable. Zachée donne beaucoup plus que n'exigeait la Loi pour réparer une injustice ; mais il ne quitte pas tout. Jésus ne l'invite d'ailleurs pas à le faire ni ne l'invite à le suivre. Et pourtant Jésus dit : " Aujourd'hui " le salut est arrivé dans cette maison.

Tout lieu où il y a la rencontre entre Dieu ou le Salut et un humain est un lieu sacré. Lorsque Moïse arriva devant le Buisson Ardent, le Seigneur lui dit : " enlève tes sandales, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte " (Exode 3,5). Lorsque Josué, le nouveau Moïse se trouva aux portes de Jéricho, la ville païenne, l'ange du Seigneur (le chef de l'Armée du Seigneur) lui dit la même chose : " Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est saint " (Josué, 5,15). Dans le cas de Zachée, c'est différent. Le Salut même (dans la personne de Jésus) est arrivé pour cette maison (Luc 19,9). Dès lors, il n'y a plus de " lieu " sacré où chercher le salut. Le salut est dans la Rencontre. Tout lieu devient sacré lorsque nous y rencontrons le Seigneur, en nous exposant à sa miséricorde.

 

Armand Veilleux

 



 

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