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24 octobre 2007 – Solennité
de la Dédicace de Scourmont Chapitre à la Communauté. Notre corps, temple de Dieu De saint
Bernard nous avons six sermons pour la Dédicace. Ils sont fort différents les uns des autres.
Il est clair qu’ils ont été composés à des époques différentes
et dans des périodes distinctes de la vie de Bernard et de la communauté
de Clairvaux. Dans le troisième
sermon, par exemple, on a l’impression qu’il n’y a pas longtemps que
Bernard était encore un jeune chevalier, haranguant un groupe de jeunes
chevaliers dans un style chevaleresque sinon militaire. À d’autres moments il nous donne l’impression
d’un pasteur faisant depuis longtemps l’expérience d’une charge pastorale
plutôt lourde. Nous
avons lu ce matin, au deuxième nocturne un extrait du sixième sermon
qui a comme thème : « Vraiment
le Seigneur est en ce lieu » Ma préférence
va pour le deuxième sermon,
commençant par une référence à David qui voulait construire un temple
à Dieu, après s’être construit à lui-même un palais. «Voici que je vis dans un palais de cèdre, alors
que le Seigneur vit sous la tente » disait le brave David.
Or, Bernard nous appelle à avoir les mêmes sentiments.
Non seulement nous devons penser de même, dit-il, mais nous devons
le réaliser dans la pratique. En quoi
notre situation ressemble-t-elle à David ? Eh bien, c’est que nous
visons nous aussi dans un palais. Et
quel est ce palais ? C’est
notre propre corps. Voici ce
que dit Bernard à son âme : Or toi aussi, ô âme, déjà tu habites une demeure élevée, qui t’a été construite
par Dieu. Je veux parler de ton
corps : il l’a si bien ajusté, adapté et organisé, que tu trouves
gloire et bonheur à l’habiter. Mais
pour le corps lui-même, il a aussi bâti une demeure élevée, bien disposée
et belle : je parle de ce monde visible que nous habitons. Ne te semble-t-il pas alors inconvenant que
lui t’ait fait une demeure et que toi, tu négliges de lui construire
un temple. ? Cette attention au corps est probablement la
dimension la plus originale que l’on retrouve dans presque chacun de
ces six sermons de Bernard pour la Dédicace.
Le raisonnement, qui revient dans des formes diverses, est très
simple : Cette maison est sanctifiée par nos corps,
nos corps sont sanctifiés par nos âmes et nos âmes sont sanctifiées
par l’Esprit Saint qui les habite. Voici
quelques citations : Au
début du premier sermon on peut lire : « Quelle sainteté
peuvent avoir ces pierres pour que nous leur rendions hommage ?
(il parle évidemment des pierres de l’église matérielle). Si elles sont
saintes, elles le sont à cause de vos corps. Et il n’y a pas de doute
que vos corps sont saints, puisqu’ils sont les temples de l’Esprit Saint...
Nous pouvons dire que l’Esprit de Dieu qui vit en vous sanctifie vos
âmes, que celles-ci communiquent la sainteté à vos corps et ceux-ci
à la maison. » (I, 1b) Dans
le quatrième sermon, il dit, en parlant des murs de l’église :
« Il est vrai que nous disons que ces murs sont saints et ils le
sont par la consécration faite par les évêques, par la lecture constante
des Ecritures, par les prières assidues, par les reliques des saints
et par la visite des anges. Mais
nous n’honorons pas cette sainteté comme quelque chose qui leur serait
propre, car ils ne reçoivent par la consécration pour eux-mêmes.
La maison est sainte à cause des corps, ceux-ci le sont à cause
de l’âme et celle-ci à cause de l’Esprit qui l’habite. » (IV, 1b) Il fait
bon trouver chez Bernard cette vision si positive et du corps humain
et de l’univers matériel. La spiritualité
de saint Bernard, qui s’insère dans un le grand courant spirituel de
son époque, est fascinée par l’humanité du Christ et toute les conséquences
du mystère de l’Incarnation, du fait que Dieu s’est fait l’un de nous
et a assumé un corps semblable au nôtre.
C’est évidemment cette attention à l’humanité du Christ qui a
conduit à une conscience très vie de ce que notre vie spirituelle se
réalise dans des corps de chair. Si
la chair est faible, elle n’en est pas moins le temple de l’Esprit Saint. Au baptême et à la confirmation nos corps ont
été oints de l’huile sainte ; et
l’onction que reçoivent les pierres matérielles dont est fait l’édifice
de nos églises n’aurait aucun sens si ces églises n’étaient destinées
à rassembler des corps qui sont oints de l’Esprit. C’est pourquoi,
comme tant de théologiens et de spirituels de son temps, il s’est attardé
à commenter longuement le Cantique
des Cantiques qui exalte la corporéité dans toute sa beauté et sa
pureté et en fait l’expression symbolique des relations entre Dieu et
l’homme. Antoine... Déjà, contrairement
à ce que l’on a souvent écrit, on retrouve cette vision positive dans
plusieurs secteurs du monachisme primitif.
Ainsi, par exemple, dans ce document fondateur du monachisme
chrétien qu’est la Vie d’Antoine écrite par le patriarche Athanase d’Alexandrie,
nous trouvons la conception que l’état naturel de l’homme était d’être
créé à l’image de Dieu, et que toute l’ascèse du moine, si rigoureuse
soit-elle, n’a jamais pour but de détruire la nature humaine, mais au
contraire de la ramener à sa dignité primitive.
À la fin de sa première grande période de solitude Antoine a
une vision du Christ ; et à la fin de sa deuxième période de solitude,
lorsque ses disciples qui désirent le voir, finissent par briser la
porte de son refuge, ils ont la vision d’Antoine transformé par son
ascèse. Ses jeûnes ne l’avaient
pas amaigri ; son manque d’exercice n’avait pas causé d’embonpoint.
Tout son être manifestait une parfaite harmonie. Il était, dit
Athanase, dans une admirable formule, « naturel ». C’est-à-dire
qu’à travers son ascèse et sa prière constante, il avait retrouvé l’harmonie
et la beauté initiale de l’homme créé à l’image de Dieu. Au Concile de Chalcédoine : on a
dû souligner la divinité du Christ... Par la suite, on a tellement souligné
cette divinité que l’on a parfois oublié son humanité. L’hérésie du monde contemporain est la négation
de l’humanité de Dieu... Les conséquences en sont terribles : le mépris de
l’homme et de la femme dans leur dignité d’être humain – à travers la
violence, la guerre, l’exploitation du corps humain. Soyons
reconnaissants pour notre tradition monastique et cistercienne qui nous
a transmis une vision si positive de notre humanité – humanité assumée
par le Verbe de Dieu. Armand VEILLEUX
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