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23
septembre 2007
Prière universelle
De nos jours, on parle beaucoup de corruption, dans le monde des affaires et en particulier dans le monde de la politique. Ce n'est pas une chose nouvelle. Il suffit de lire la première lecture de la messe d'aujourd'hui, tirée du prophète Amos, pour voir que corruption et oppression caractérisaientt déjà la vie sociale, même au coeur du peuple hébreu, plusieurs siècles avant le Christ. Et l'exemple donné par Jésus dans l'Évangile d'aujourd'hui montre que cela existait aussi de son temps, et avait même atteint dès cette époque un certain raffinement. Évidemment l'importance du phénomène et les sommes d'argent impliquées de nos jours sont énormément plus grandes. Il y a aussi que les moyens de communications actuels permettent une connaissance plus étendue du phénomène. Quiconque a du temps à perdre et veut le perdre peut passer des heures à lire les articles de journaux sur de telles histoires de corruption, soit au niveau local et national, soit au niveau international. En plus de la perte de temps il y a quelque chose de malsain - une sorte de voyeurisme - à vouloir connaître tous les détails de telles situations. Paul, dans le passage de sa Lettre à Timothée que nous avons comme deuxième lecture à la messe d'aujourd'hui nous suggère une autre attitude : celle de la prière. Une certaine information des besoins, des souffrances, des aspirations des joies et des peines des hommes et femmes de notre temps est nécessaire pour que nous puissions vivre en communion avec eux dans le Christ, et porter leurs aspirations et leurs soucis dans notre prière. Mais notre prière elle-même n'a pas besoin de tous ces détails. Nous n'avons pas à informer Dieu de ces besoins et de ces attentes. Il les connaît parfaitement. Notre prière doit, en quelque sorte, voler plus haut. C'est ce à quoi nous invite Paul dans ce texte de sa Lettre à Timothée, qui est en quelque sorte l'inspiration de ce que nous appelons de nos jours la " prière universelle " aussi bien à l'Eucharistie que dans les grands Offices liturgiques de Laudes et de Vêpres. " J'insiste avant tout pour qu'on fasse des prières de demande, d'intercession et d'action de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d'État et tous ceux qui ont des responsabilités. " Voilà une prière qui est vraiment " universelle ". Elle englobe dans sa préoccupation tout homme et toute femme, et non seulement les Chrétiens, et pas seulement - non plus - ceux que l'on considérerait comme " bons ". Paul dit que c'est là une " vraie " prière que Dieu peut accepter - ce qui implique qu'il y a des prières qui ne sont pas vraies et que Dieu ne peut accepter. Dieu peut l'accepter précisément parce qu'elle est universelle, qu'elle n'exclut personne. Dieu peut donc l'accepter parce que, dit Paul, " il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître la vérité ". En effet, ajoute-t-il, " il n'y a qu'un seul Dieu, il n'y a qu'un médiateur entre Dieu et les hommes : un homme le Christ Jésus ". Paul demande de prier pour " les chefs d'État et tous ceux qui ont des responsabilités " ; et une note de la TOB nous fait remarquer qu'au moment où Paul écrivait ces choses l'empereur de Rome s'appelait Néron. Tous ceux qui, de nos jours, sont à la tête de peuples ou ont des responsabilités, petites ou grandes, à l'intérieur d'un peuple, on besoin que nous prions pour eux. Notre appréciation personnelle de leur valeur personnelle et de la justesse de leurs positions a finalement peu d'importance. Nous pouvons les considérer comme des scélérats ou comme des hommes et des femmes de grande intégrité et de grande valeur. Dans la prière nous n'avons pas à faire de jugement et encore moins de dire à Dieu ce dont ils ont besoin. Il serait tout à fait déplacé de dire, par exemple, dans une prière universelle, " Seigneur, fais comprendre à tel chef d'État telle ou telle chose ! " Dieu sait ce qu'il doit lui faire comprendre. Personnellement nous pouvons avoir de bonnes raisons d'être en désaccord avec tel personnage politique important, ou même avec telle autorité ecclésiastique ou religieuse. Dans la prière, tout ce qui peut nous séparer disparaît ou doit disparaître, puisque Dieu, comme dit Paul " veut que toute personne soit sauvée ". Nous sommes alors tous sur le même pied et au même niveau. Nous sommes tous des personnes que Dieu veut sauver. Et lui seul est le juge des coeurs. La " prière universelle ", au cours de la liturgie,
n'est pas le lieu où exprimer nos sentiments personnels. C'est
plutôt le moment où nous pouvons énoncer simplement
les personnes et les groupes de personnes ou les situations que nous
confions à l'amour et à la miséricorde de Dieu.
Un bel exemple classique de telles prières se trouve dans la
grande prière universelle de la liturgie du Vendredi Saint. " Je voudrais donc qu'en tout lieu les hommes prient en levant les mains vers le ciel, saintement, sans colère ni mauvaises intentions. " Pris en elle-même cette phrase est belle, si nous entendons " hommes " au sens générique, invitant tous les humains (hommes et femmes) à prier ainsi, " sans colère ni mauvaises intentions ". Le problème est que cette coupure du texte est un peu " trompeuse ", puisque cette phrase est le début d'un développement où Paul décrit les attitudes différentes des hommes et des femmes dans l'assemblée liturgique : l'homme peut parler ; la femme doit garder le silence !!! Ce n'est certes pas de nature à rendre Paul sympathique aux femmes d'aujourd'hui... Armand Veilleux
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