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août 2007 – 21ème dimanche C Pour
une forme de mondialisation évangélique On peut aborder l’Évangile
d’aujourd’hui de nombreuses façons.
Dans l’homélie je commenterai surtout la première partie de cet
Évangile, où Jésus ne répond pas à la question sur le nombre de ceux
qui sont sauvés, mais explique ce qu’il faut faire pour être sauvé.
Une autre dimension de ce texte est celle de l’universalisme
du message évangélique. « On
viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place
au festin dans le royaume de Dieu. » Cet universalisme était déjà
annoncé dans la prophétie d’Isaïe que nous aurons comme première lecture
à la Messe, et que nous venons de lire à Laudes. Nous avons ici un noyau autour
duquel peuvent se greffer plusieurs notions importantes dans l’Église
et dans la culture contemporaine. On
parle beaucoup de nos jours de mondialisation.
Dans l’Église, on parle depuis environ un quart de siècle d’inculturation,
bien que cette notion est souvent remplacée
de nos jours par celle de « nouvelle évangélisation ». Dans notre Ordre, nous parlons de multicuralisme. Et,
d’une façon générale le dialogue interreligieux demeure aussi important
que le dialogue interculturel qui semble parfois de nos jours retenir
plus l’attention. Toutes ces
réalités sont profondément liées les unes autres.
Il semble que nous, moines,
nous avons la grâce d’être facilement sensibles à ces valeurs, et cela
pour plusieurs raisons. D’abord parce que la vie monastique est quelque
chose de transculturel, qui n’est propre à aucune culture. Non seulement il y a quelque chose de commun
à toutes les formes de vie monastique chrétienne, qu’elles soient de
tradition occidentale ou de tradition copte, byzantine ou syriaque. Il y a aussi quelque chose de commun au monachisme
chrétien et au monachisme des autres grandes traditions religieuses
de l’humanité, de telle sorte que le dialogue interreligieux est pour
le moine quelque chose d’en quelque sorte connaturel. Comme, dans les grands Ordres
monastiques tel que le nôtre, il y a beaucoup de contacts entre les
communautés de toutes les parties du monde, on est plus sensibles que
la plupart des gens à la richesse de la diversité des cultures. Comme
Jean-Paul II l’expliquait dans un discours à l’UNESCO dans les premières
années de son pontificat, la notion même de culture implique la diversité des cultures. Et
la notion d’inculturation n’aurait pas de sens si l’on ne reconnaissait
aussi bien la richesse que constitue cette diversité que la nécessité
d’un profond respect pour chaque culture, qui est une façon spécifique
d’être humains et, pour nous Chrétiens, une façon différente d’être
Chrétiens. De nos jours on parle souvent
et facilement de « mondialisation » d’une façon très superficielle.
On utilise ce mot pour désigner le fait que l’information se
répand très vite à travers le monde ; que des modes et des coutumes
se généralisent et s’imposent, transcendant toutes les frontières nationales
et les frontières culturelles. Par-dessus
tout, il y a une mondialisation dans le domaine économique, les mêmes
grands intérêts financiers imposant leurs méthodes à travers le monde.
On en arrive au point où toutes les valeurs culturelles et spirituelles
sont subordonnées aux impératifs économiques et financiers.
Le résultat est non pas une mondialisation qui respecterait toutes
les cultures locales, mais des monopoles qui écrasent les cultures locales.
Devant cet état de fait, je
crois que notre vie monastique, telle qu’elle est vécue au milieu d’un
Ordre comme le nôtre, et même au niveau d’une petite communauté comme
la nôtre, avec toute sa fragilité et ses limites, constitue – pas tellement
un témoignage, car je n’aime pas trop ce mot trop galvaudé – mais, disons,
un rappel du type de mondialisation évangélique envisagée dans la liturgie
d’aujourd’hui. Une telle mondialisation commence
dans le cœur de chacun d’entre nous.
Il faut savoir respecter et aimer chacun de nos frères dans sa
différence, avec les qualités propres que Dieu lui a donnés et malgré
les limites et les défauts qu’il manifeste.
Pour cela il nous faut d’abord nous accepter nous-mêmes tels
que Dieu nous a faits et tels que les circonstances de la vie nous ont
transformés (avec des résultats positifs et d’autres négatifs). Cela
implique que nous travaillions sans cesse à devenir celui que Dieu nous
a destiné à être – ce qu’on appelle la « conversion ». Si nous développons cette attitude
nous aurons spontanément une approche sympathique à l’égard non seulement
des personnes des autres cultures mais aussi à l’égard des personnes
au sein de notre propre culture qui n’ont pas nos convictions religieuses
ou politiques, ou autres. Au douzième siècle, la vie
cistercienne, à partir d’un petit monastère bourguignon, s’est répandu
en quelques générations à tous les pays connus de l’Europe d’alors. Après la Révolution Française, l’Ordre Cistercien
de la Stricte Observance, à partir de la Valsainte
s’est de nouveau répandu non seulement à travers toute l’Europe mais
bientôt sur tous les Continents. Cela nous donne une saveur « mondiale ». La vie monastique, spécialement
les grands Ordres comme l’Ordre bénédictin et le nôtre, ont eu durant
plusieurs siècles un développement extraordinaire qui en a fait une
puissance au sein de l’Église et de la Société.
Paradoxalement, ils ont peut-être concouru parfois à l’imposition
d’un modèle culturel particulier. Aujourd’hui
le monachisme n’a plus cette « puissance ». Nos communautés sont pour la plupart plus petites
et plus fragiles. Cela peut les
rendre plus aptes à remplir leur rôle d’agents de communion dans un
monde où la « mondialisation » ambiante perdrait trop facilement
cette dimension de « communion » qui est la dimension évangélique. Armand Veilleux
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